Aereogramme
rencontre
mardi 23 janvier 2007, par ,
Un nouvel album, pas mal de changement, et une petite visite en Belgique, le 14 février prochain (à la VK, Bruxelles). Les Ecossais d’Aereogramme ont l’agenda bien rempli, la musique bien prenante et la langue bien pendue.
2Rencontre2
(par fred)
Je ne savais pas trop à quoi m’attendre de cette interview. Je savais juste que j’allais rencontrer des gars qui m’étaient plus ou moins inconnus, mais qui avaient complètement touché la vie d’un ami proche, et que cet ami n’arrêtait pas de m’en parler depuis. Je savais que j’allais rencontrer des personnes qui ont bouleversé un ami, et ça me paraissait déjà étrange, car cet ami ne pouvait être présent. J’allais, en quelque sorte, « servir » de personne contact entre ses questions et leurs réponses. Rôle étrange s’il en est, mais ô combien intéressant.
Toujours est-il que me voilà face à deux bons Ecossais on ne peut plus écossais : l’un, le cheveux court et propre, sirotant un vieux jus de pommes vieilli en fût de chêne, et l’autre, plus imposant avec ses longs cheveux hirsutes et sa barbe, vidant son demi à une vitesse plus ou moins normale pour le nord de la Grande Bretagne. Les deux gaillards ont la sympathie dans la peau. Les présentations faites, nous nous lançons donc dans le vif du sujet : à savoir le changement de direction pris sur le dernier album, My heart has a wish that you would not go. Craig (chant) se lance en premier : Quelque part, il fallait qu’on change. Après le second album, j’ai commencé à perdre ma voix. J’ai consulté pas mal de médecins, j’ai essayé pas mal de trucs différents, mais rien n’y faisait. C’était horrible, parce qu’on a dû annulé des concerts à cause de ça. En plus, le groupe partait dans plusieurs directions différentes et on ne savait pas vraiment si on allait continuer. On n’avait aucune idée de ce qu’on pouvait faire. Ensuite on est rentré en studio pour enregistrer et on était bien conscient que je n’allais plus crier sur les morceaux. On pensait y perdre en intensité, mais celle-ci s’est alors révélée de manière différente. C’était vraiment un challenge pour nous. En fait, on voulait ce changement et on voulait aussi se focaliser plus sur un univers proche du cinéma. On avait envie que chaque morceau prenne une dimension plus épique, avec des références cinématographiques.
Campbell (basse) enchaîne alors quand je lui demande si Seclusion peut être considéré comme un pas vers ce changement : Cet album, c’était surtout une expérience pour nous tous parce qu’il sonne surtout comme cinq groupes différents réunis sur un album. On est parti un peu dans toutes les directions. Après ça, on voulait plutôt essayer de regrouper notre son et d’en faire « un » son, quelque chose qui soit vraiment de nous. On avait l’impression qu’on aurait pu faire n’importe quoi, mais, surtout, on n’avait aucune envie de sonner comme une mixtape, on ne voyait pas l’intérêt de ça. Seclusion était alors un peu ce qu’on ne voulait pas faire d’un album. Craig : A l’époque, on était déjà en train d’évoluer, on avait déjà entamé ce développement vers moins de cris. Malgré ce changement, une certaine mélancolie parcourt toujours l’album de part en part. Certaines choses partent, d’autres restent. Craig : Oui, une certaine mélancolie… Mais nous sommes des gars plutôt mélancoliques, en fait, comme la plupart des Ecossais d’ailleurs. La mélancolie naît d’une certaine façon de pensée. Et Campbell de répondre : La plupart des gens sont down pendant une bonne partie de leur vie. Les moments de joie et de bonheur sont assez rares et une raison de déprimer est cette recherche du bonheur. S’ensuit alors un dialogue sur le bonheur et tout ce qui va avec : Craig : Je ne fais pas confiance aux gens heureux. C’est comme s’ils ne faisaient pas attention à tout ce qui les entoure. Comme s’ils ne voyaient rien. En fait, pour être heureux, tu devrais fermer les yeux et ne pas voir ce qui se passe autour de toi. Campbell : Le bonheur devrait être comme l’orgasme. Court. Craig (hilare) : Et puis tu t’endormirais chaque fois après avoir été heureux ? Campbell : La plupart des choses qui nous arrivent sont vraiment déprimantes, mais parfois, quelque chose arrive et tout marche.
Petit silence. La conversation continue et s’échappe vers des considérations tant philosophiques que marchandes. Craig : Il y a différents thèmes spécifiques sur le dernier album, relatant notamment les hésitations du groupe, le fait qu’on ne savait pas si on allait continuer, nos moments un peu noirs. Quand tu sais que le jeu va se terminer et que tu ne peux rien y faire, tu dois accepter ton destin. A ce moment-là, le poids que tu as sur les épaules disparaît. Tout ça procure une sorte de liberté. Il y a quelques années, on était frustré par les tournées et le fait de n’obtenir aucun résultat… Campbell termine sa phrase : On n’arrivait pas à se relaxer parce qu’on ne voyait rien venir, aucun résultat. On a dû, à un certain moment, accepter le fait qu’on ne soit pas un groupe populaire et qu’on ne vendrait jamais des milliers d’albums. C’est seulement là qu’on a pu plus facilement se relaxer. Craig continue : Le grand public écoute surtout de la musique « beige », sans couleur. Quand on lui pose la question de ce qu’il aime en musique, il répond souvent par : « Boâh, un peu de tout », mais jamais rien de particulier, alors qu’une personne qui s’intéresse plus à la musique te dira plus précisément ça j’aime, ça je n’aime pas. Nous, on ne fera jamais partie de ce « un peu de tout » parce que ce n’est pas ce qu’on voudrait, parce qu’on n’a pas l’impression que ce soit un défi pour nous. On a besoin de ça, que faire de la musique soit un défi pour nous. Et la musique « à défi » est rarement celle qui se vend par millions, même s’il existe des exceptions.
2My heart has a wish that you would not go (Chemikal Underground)2
(par Emil’)
La suite ne pouvait qu’être fracassante. Sleep and Release, plus abouti que jamais, plongeait cette fois en niant toute notion de flottement. Torturé et mélancolique à souhait, cet album peut pourtant parfois vous donner le sourire. Je pense à ce titre : "Black Path". La cloche qui sonne quand on ferme les yeux annonce l’éclaircie tandis que les cris déchirants de Wood envisageaient une certaine délivrance…
Les deux premiers albums d’Aereogramme sont bel et bien le signe du potentiel de ce groupe qui inventait à l’époque un univers bien à eux. Seclusion, un mini album 6 titres, n’y échappe pas, quoique l’éclaircie y trouve plus de place et le parsème de ses rayons chauds et lumineux.
Suit donc cet album que voici. Plus de cris, mais toujours cette mélancolie qui l’enveloppe, et le sert juste assez fort pour vous accrocher. Absolument conquis par les débuts du groupe, la disparition des hurlements du commencement me fait hésiter. Les parties manquantes de ce qui formait un tout laisse un flottement, mais plus celui qu’on connaissait. N’empêche, la voix me berce toujours autant et leurs envolées vers un climax tremblant m’accrochent presque aussi fort. Force est de constater que le groupe a évolué vers des instants plus calmes et plus doux non sans garder cette sève mélancolique qui caractérise Aereogramme depuis ses débuts. Cette tristesse qui coule et déborde des chansons n’est pourtant pas accablante, on entend toujours cette note, ce timbre, cette vibration du tympan qui font se dessiner les traits d’une certaine euphorie sur le visage. « Conscious life for coma boy » ouvre l’album et appuie là où il faut, les guitares se hâtent, mais laissent rapidement la place à un pur courant d’air, emportant avec lui les millions d’images qui constituent notre mémoire pour les redéposer doucement, stimulant les souvenirs. Une nouvelle étape donc pour Aereogramme qui mérite vraiment d’être découvert, en commençant de préférence par les premiers albums.
(Pour JB.)
Voir en ligne : http://www.aereogramme.co.uk/

