Aimee Mann // One More Drifter In The Snow
Super Ego Records/V2
lundi 16 juillet 2007, par
Un disque de comptines de Noël (chroniqué) en plein été ? Pourquoi pas ! D’autant qu’avec le bouleversement des saisons en cours (en gros le printemps en hiver, l’été au printemps et l’automne avec 3 mois d’avance...) et un calendrier depuis longtemps dicté par nos amis les commerciaux, il y a belle lurette qu’on n’attend plus la chute des feuilles pour rêver aux cadeaux placés sous le sapin.
On l’oublie mais de part et d’autre de l’Atlantique, la fête de célébration de la naissance de l’enfant Jésus (ou du moins ce qu’il en reste) ne connaît pas la même intensité et semble à nos yeux d’Européens blasés atteindre des sommets de kitscherie niaise, et relever d’une poussée de fièvre consumériste que pas même un 25° en décembre ne serait en mesure d’endiguer.
Soit, mais lorsque qu’un doux-dingue du nom de Sufjan Stevens, plus doué pour la pop qu’un Finlandais du Grand Nord dans l’élevage de rennes, se fend d’un coffret (5 cd !), offrant des chansons de Noël à satiété, il s’est trouvé des membres de l’"antichristmasleague" (authentique) pour applaudir des deux mains et siffler en chœur.
D’Aimee Mann, on connaît le statut marital (femme de Michael Penn, lui-même frère de Sean etc.) et la haute estime dont jouissent ses disques maintes fois récompensés (sa participation à la B.O. du très surfait "Magnolia") plus qu’on ne l’a réellement écoutée elle, ainsi que ses 4 ou 5 albums perso et ceux de son très oublié premier groupe ’Til Tuesday. Pas qu’on n’ait quoi que ce soit à lui reprocher mais sa pop (peu ou prou) folk au léger goût de sel iodé parait plus tentée de taper l’incruste dans la cour des Heather Nova (actuelle) et Sheryl Crow que de combler les blancs dans l’attente d’une nouvelle plaque de Cat Power !
Mais c’est aussi cette mélancolie diffuse, à peine esquissée, à l’image de ces sentiments de finitude et d’isolement immanquablement ressentis au creux de ces journées où l’intensité lumineuse est à son minimum et la nature tout entière contenue dans sa promesse de retour, qui renvoie à plus tard la péremption supposée de l’écoute de ce One More Drifter In The Snow au-delà de l’année nouvelle.
Serties d’arrangements discrets mais foisonnants (on entend de l’harmonium, des mandolines, un big band jazz, des cordes...) signés Jon Brion (F. Apple, M. Faithfull...), ces dix chansons parmi lesquelles on reconnaît une cover méconnue de Jimmy Webb ("Whatever Happened To Christmas"), une paire de classiques incontournables (dont l’inusable "White Christmas"), un présent offert par son compositeur de mari ("Christmastime") qui invite à planter le sapin au milieu du désert, et une facétie chantée en duo avec Grant Lee Phillips ("You’re A Mean One, Mr Grinch, du conte Noël à la fable enfantine, il n’y a que la distance d’un charme !), posent le cadre rigide d’un canevas où Aimee Mann s’exprime avec plus de liberté que sur ses propres disques toujours un poil trop bridés.
Certainement pas l’album qui nous fera sortir guirlandes et cotillons avec 6 mois d’avance mais le premier qu’on ait écouté en détachant le regard de la pendule. Les (petits) miracles arrivent encore.
Voir en ligne : Aimee Mann