Ainara LeGardon // Each day A Lie

Winslow Lab Records

lundi 19 mars 2007, par Yannick

Si chaque jour qui passe distribue son pesant de mensonges (voir titre), ceux que nous conte Ainara LeGardon, même proférés au travers d’un voile opaque de tristesse, ressemblent aux plus éthérées des chimères.

Il fait toujours aussi froid dans ce disque. Même après maints et maints passages, allers et retours entre tous ces (autres) albums de cafard noir, on n’y ressent pas la moindre étincelle qui réchaufferait l’atmosphère. Tout au plus devient-on un rien plus sensible à cette lumière sans chaleur, à ce soleil d’hiver qui darde de ses rayons rasants, 9 chansons qui semblent émerger d’un décor hivernal sans vie.

A croire que les Atlas de géographie sont faux et les prédictions sur le changement climatique sans fondement, que l’Espagne (patrie d’Ainara LeGardon) jouxte le Nord de la Scandinavie. Car on jurerait ces mélodies écrites par delà le cercle polaire dans la nuit d’un hiver polaire sans fin, ou composées alors qu’un blizzard tenace s’engouffre jusqu à sous votre porte, ajoutant encore l’indifférence des éléments à un état d’isolement affectif et existentiel avancé.

Malgré sa température basse "Each Day A Lie" n’a rien d’un mausolée érigé au souvenir de quelques gloires ancestrales et causes oubliées. Les indices d’une humanité familière sont posés là comme les balises discrètes d’un dédale où trouver la sortie importe peu. "Seul le chemin compte" ajouterait l’autre ! Mais avec Chris Eckman (le grand échalas des Walkabouts, Chris & Carla) comme responsable de chantier (à la prod), on tient à coup sûr la garantie qu’Ainara LeGardon ne la jouera pas dos au mur ou le regard vissé sur les bottines, que malgré son désespoir ou mal être, les Espagnols passent avec élégance la frontière séparant la catharsis du partage, le domaine de la peine affligée (et affligeante) à celui de la lumineuse (et réconfortante) tristesse. Voilà pourquoi on a cru revoir le sourire blafard de Margo Timmins (Cowboy Junkies) à de multiples reprises ("Needed", "Without"), demander des comptes à Tara Jane O’Neil ("Each Day A Lie", le titre) ou entrevoir une reconnaissance possible à la trop méconnue Thalia Zedek ("Dry Years" où, avec Come ou en solo, redire que la nicotine a aussi ses vertus...) et un rattrapage équivalent en ampleur à celui de Slint pour les immenses Codeine.

Pour info : Cet album est sorti il y a un paquet de mois (mi 2005) sans que son successeur soit visible dans les astres. Il est le second après un premier ("In The Mirror") paru en 2003. Si savoir qui le distribue a, à l’ère d’Internet, bien moins d’importance qu’autrefois, il n’a cependant guère à rougir face aux quelques noms (facilement) alignés plus haut qui valent tous le détour et bien quelques méritoires efforts.

Merci pour eux

Voir en ligne : http://www.winslowlab.com/

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