Anja Garbarek // Briefly Shaking
Virgin/EMI Music
samedi 18 novembre 2006, par
C’est déjà au moins son quatrième à la fifille du grand Jan (qui veille au grain tout au long du disque) qui a, toujours en 2006, également livré la seule contrepartie acceptable (la musique) à la dernière "Lucbessonnerie" (gaffe à la Saint Nicolas, le Français se lance dans les articles à destination de la jeunesse...) en date, "Angel-A". Besson, Lelouch, même combat, on dirait que ces gars font encore des films pour montrer au monde entier combien leur dernière dulcinée en date est irrésistible...
Dans sa contrée natale, cette jeune maman équivaudrait à un saisissant raccourci entre une Axelle Red (la moue juvénile) et un Hooverphonic réduit à un binôme (la blonde et la machine ?) mâtiné de Björk (on n’en sort pas).
Présenté comme ça, on s’attend presque à voir poindre les premières tartes d’un entartage numérique salvateur et amplement mérité. Et puis NON !
Déjà en 2001, son premier disque distribué au sud de la péninsule scandinave"Smiling And Waving" faisait partie de ses albums armistice/réconciliation qui offrent un démenti, un peu couillon il est vrai, à tous ceux qui avaient définitivement décrété que vos goûts en matière de musique(s) échappaient à l’entendement audiophile du commun des mortels. Une pop qui délivre ses sauf-conduits dans toutes les situations d’écoute mais qui garantit aussi son lot de frissons à qui tente de se glisser sous le voile élégant des apparences.
Car entre deux boucles et "glitchs", une leçon de programmation pour arrangements de guitares par ordinateur et l’Assimil "comment éviter à vos violons l’effet sirop(d’érable) ", et les 72 manières de placer sa voix de la belle, c’est bel et bien la patte de Gisli Kristjansson (une chouette plaque il y a deux ans) que l’on reconnaît. Une jolie manière d’aborder chaque titre comme un challenge, dont la dernière des finalités est de ne jamais considérer un morceau comme achevé. "Sleep" passe ainsi, sans coup férir, du registre de la mélopée pour laptops fauchés à une ode céleste en vision panoramique, et "The Last Trick" se sifflote comme un air matinal sous la douche alors que le souvenir des fantômes de la nuit tarde à se dissiper.
Car les ombres menaçantes, on les devine aux aguets planqués derrières chaque entournure de ce disque. Est-ce la morbidité inhérente aux longues nuits hivernales des contrées septentrionales ou la conséquence de longues lectures compulsives et orientés (la Série Noire ou le bouquin privilégié des tours-bus ? ! ) ? Parce qu’avec des textes de cette trempe, c’est la porte de pas mal de bars branchouilles qui vient de claquer brutalement. Entre l’évocation d’un tueur en série (Dennis Nielsen sur "Can I Keep Him ? ") et le récit d’une Natascha Kampusch avant la lettre ("Sleep" à nouveau, écrit bien avant le dévoilement de l’affaire) divague l’imagination fertile d’une artiste qui sous des dehors évidents de respectabilité nourrit de sombres desseins, biens éloignés des préoccupations musicales et occupationnelles de son "public potentiel". De l’arsenic pour atomiseur d’ambiance ?
Voir en ligne : http://www.anjagarbarek.com