Baxter Dury // Floorshow
Rough Trade Records
mercredi 29 novembre 2006, par
C’est un disque paru l’an dernier. Mais un album, à l’instar du superbe dessin de sa pochette, qui supporte les outrages du temps qui passe (ici une année ) mieux qu’une kyrielle d’autres, le fatal écoulement des semaines.
C’est aussi une piqûre de rappel pour les mémoires. Lourde hérédité à assumer que celle de Dury quand on choisit de se faire un prénom sans élever la voix alors que papa s’est taillé des croupières dans l’histoire du punk (No Future et pourtant 30 balais !) en martyrisant la sienne (Ian Dury & The Blockheads, passé à la postérité pour son programmatique" Sex, Drugs & Rock’n’Roll" et lui-même ad padres en 2000).
En 2002, avec son "Len Parrot’s Memorial Lift", Baxter réussissait un joli doublé : imposer un prénom sans déshonorer le nom qui est le sien (on ne peut pas dire ça de tout le monde, hein les Cohen !). Le talent est donc bien une histoire de famille chez les Dury, bien que pour ce qui est du fiston, la colère et la frustration semblent être des données totalement étrangères au strict domaine musical.
Floorshow débute presque sur un mode guilleret ("Francesca’s Party"). La guitare et la rythmique filent gentiment le train d’une mélodie chantée par un improbable et inégalitaire duo formé par le chanteur/narrateur et un double de lui-même légèrement plus âgé. Plus grave mais étrangement aérien, "Cocaine Man" reflète probablement les aspects domestiques et familiaux les moins reluisants du revers de la médaille "Sex...", évoqué plus haut. Et sur "Lisa Said", le titre qui le rapproche le plus de l’idée d’une chanson radiophonique, B.D. conclut en s’élevant sur un nuage électrifié, non pas un cumulo-nimbus menaçant, mais un de ces nuages comme on n’en voit que dans les rêves et livres de contes pour enfants... Car si chez l’Anglais, le psychédélisme est bien une invention des 60/70’s (Lou Reed taraude "Francesca’s Party" et "Sister Sister" répond mot à mot au "Heroes" de Bowie), il se pratique clean, sans gueule de bois et l’armoire pharmacie sous scellés. Entre une voix cotonneuse qui a fait ses classes dans une montgolfière conçue pour les hautes altitudes, des claviers aussi lestes qu’un résidu de fog londonien chassé par le soleil et une brise marine, des guitares qui insistent autant sur leurs effets que sur le bon respect des grilles d’accords en rivalisant de malice, défilent neuf chansons à la construction rigoureuse qui, sans devoir à aucun moment hausser le ton, font leur petit travail d’infiltration et de sape.
Appelez ça comme vous voulez, miracle(s) de la chimie naturelle ou éloge de la sobriété... Pour notre part, et on préfèrera suggérer des liens de causalité indirects ou secrets en rapport au mot d’ordre du défunt paternel (le rock est-il soluble dans la génétique ?). Un bémol cependant que ce disque, à la différence de son prédécesseur, ait accentué un effet d’ensemble (sa cohérence) au détriment de quelques pics et mélodies plus affirmés que l’on aurait aimés (comme sur le 1er ) plus nombreux. Même là-haut, il est parfois utile de poser le pied...
Voir en ligne : http://www.baxterdury.com/