Bertrand Betsch // La Chaleur Humaine

PIAS

lundi 24 septembre 2007, par Yannick

Presque vacciné contre la joie de vivre, Bertrand Betsch fait montre avec "La Chaleur Humaine"d’un humanisme enfin à visage découvert. Le miracle de la chair ?

Dans mon for intérieur, j’ai toujours considéré Bertrand Betsch comme un candidat super héros pas né dans le bon monde. Un personnage de la Marvel imaginé par le tandem Dupuy/Berberian ("Monsieur Jean") un jour de déprime pour le compte du pas guilleret du tout Chester Brown ("Je ne t’ai jamais aimé"). Alors que là-bas, dans l’intimité les "encapés" portent eux aussi des noms/prénoms débutant par la même lettre (Peter Parker/Spiderman, Red Richards/Mr Fantastic, Bruce Banner/Hulk... la liste est longue), le Français, à défaut de menace planétaire à affronter n’a que le quotidien à se coltiner. C’est amplement suffisant et c’est totalement au-delà des forces de beaucoup.

C’est peut être la raison pour laquelle on a vu de la misanthropie là où il fallait voir une inadaptation profonde face à la cruauté du monde qui l’entoure. Sensible, discret, honnête (encore un mot dont la sémantique a fait la culbute) et écorché (à) vif dans un environnement qui ne reconnaît plus que le leurre imagier et l’ambition à tout crin comme signaux de ralliement, Bertrand Betsch appartient à cette race de moralistes sans repères, d’orphelins de l’utopie, de chevaliers blancs sans destrier ni princesse à secourir.

Replié dans son fortin intime, le Français cultivait (et cultive) son pré-carré musical sans quémander son reste, mettant parfois le nez dehors le temps de quelques actes de présence (ses concerts ne sont pas légions), de recherches de disques qui aident à vivre et auxquels se mesurer ("BB sides", son album de reprises paru-il y quelques années), mais se contentant la plupart du temps de donner très très discrètement de ses nouvelles par la voie discographique. Qu’importe que les échanges secrets, quasi épistolaires, entre le chanteur/instrumentiste et son dispersé mais fidèle public aient décontenancé labels et curieux, la beauté brute et la candeur revêche qui émanent des chansons de B.B. sont découpées dans une chair humaine qui, si elle peut indisposer à la première bouchée, restitue un "goût de vrai", auquel on semble de moins en moins habitué.

Et puis, sans crier gare, "La Chaleur Humaine" vient prévenir une routine qui ne pouvait que finir par s’installer. Pas une histoire de rédemption chère à nos amis héros des comics mais plutôt une trop banale montée de sève, un "coup de maître" dans les jeux hasardeux d’un désir pour une fois en phase avec cette autre exigence du corps, qui demeure, on aurait tendance à l’oublier, un plaisir premier, le sexe.

On sait le bonhomme sur un nuage amoureux depuis sa rencontre avec Nathalie Guilmot. Or d’expérience, un chanteur délaissé ou en rade à tendance à nous toucher davantage qu’un brave type sans histoire(s) et bien dans sa peau (mais c’est sans doute un cliché). Mais ici, la flèche de Cupidon n’est pas le signe annonciateur d’un romantisme glamour de mauvais aloi mais une piqûre empoisonnée qui sonne le branle-bas de combat dans les têtes, les cœurs et la chair. Comme investi d’une puissance (sexuelle ?) nouvelle, Bertrand Betsch ose la légèreté en reprenant "Bang Bang", chanté par Sonny & Cher et Nancy Sinatra mais popularisé par Sheila, et joue des seuls instruments comme un enfant de sa première boîte de Lego (le très Jérôme Minière "Main dans la Main").

Les obsessions d’hier sont toujours là (la fragilité de l’amitié dans "La Fin des Colonies", la célébration de celle-ci dans "Mon Ami"), mais les thématiques de la solitude et de l’amour se parent d’accents inédits, de même que cette dernière est abordée frontalement par son versant physique, d’une manière crue et élégante, aux abonnés absents d’une trop prude (ou vulgaire) chanson française depuis les premiers textes de Miossec. Au moins !

Ca faisait longtemps qu’on n’avait plus entendu une aussi belle ode au désir d’enfanter ("Ce Ventre-là"), après s’être farci une chanson de rupture ("Romance"). Une éternité qu’on nous bassinait avec des bouts de sexe triste ("Toute ma Vie dans tes Bras", "J’aime Bien", comme autant d’antidotes à Houellebecq). Des siècles qu’on aspirait à un soupçon d’optimisme dans cette utopie chancelante, l’une des dernières épopées humaines qui vaille la peine d’être essayée, le couple ("Oh les Beaux Jours", "Les Vents Contraires").

Ni glacée ni artificiellement maintenue à température, cette "Chaleur Humaine" fait du bien par où elle passe.

Voir en ligne : Bertrand Betsch

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