Bird Show // Lightning Ghost
Kranky Records/Southern Music
lundi 26 mars 2007, par
Dommage que dans le domaine qui nous occupe, le mysticisme soit une donnée qui éveille immédiatement la suspicion, écartelée entre folklore fourre-tout idéologico-musical à vocation commerciale (la soupe new age) et paravent commode au grand "n’importe quoi" !
Plus ce disque fait de rondes dans le lecteur et plus l’impression d’écouter un disque de "musique du monde" se fait prégnante. Non pas l’un de ces catalogues sonores touristiques en vente libre dans toutes les bonnes échoppes, ni même l’une des savoureuses délicatesses au menu de la toujours excellente émission de radio "Le Monde Est Un Village" (La première, vers 19 heures en semaine) de Didier Melon, mais plutôt une façon très subtile de humer les émanations musicales quelles que soient leur provenance, retranscrites avec les moyens technologiques d’aujourd’hui, selon une grille de lecture toute personnelle qui laisse une grande place à l’inexpliqué et la rêverie.
Le hasard n’a probablement pas sa place dans ce disque tant la plus petite infractuosité du vaste champ musical exploré porte l’empreinte de son auteur qui réussit - comme c’est souvent le cas chez Kranky - à réunir expérimentation (les outils) et exploration (de soi, du monde) sans sombrer dans l’ego trip nombriliste, et à ne pas surcharger/modifier à outrance ses drones et les porter aux frontières de l’inintelligible.
Dans "Lightning Ghost", le liant est à rechercher du côté des songes (conscients, subis ou provoqués...), probablement des esprits (fantômes), mais aussi au travers de tous les modes pour entrer en leur contact. Ce folk stratosphérique a beau rester en contact avec la terre ferme par ces drones qui montent et descendent, apparaissent et disparaissent continuellement en son sein, il ne fait que tendre toujours vers de plus hautes altitudes. Les chants n’en sont pas sauf à considérer comme acquis les codes et durées propres aux mantras (Inde du Nord), et la vaste palette de percussions, aidées d’une foule de sonorités "amies" (clochettes, triangles...) oeuvrent de concert à créer les éléments d’une transe à mi-chemin de l’abstraction et de l’introspection. Dans le monde flottant de Ben Vida (l’homme qui se cache derrière Bird Show), Steve Reich habite le nuage voisin de David Tibet (Current 93) et les Soufis dansent au son de la voix de Richard Youngs.
Un sens raffiné de la fratrie et de l’extase chamanique par le son que l’on observe à chaque étape du parcours de Ben Vida : que ce soit au sein de son très chouette groupe, Town & Country (disco chez Thrill Jockey), en tournée conjointe avec quelques francs-tireurs du même label (avec son beau-frère Greg Davis ou Keith Fullerton Whitman), ou déjà dans son premier album ("Green Inferno "en 2005) où il remerciait à sa façon Brigitte Fontaine et Robert Wyatt.
On a connu pire comme famille...
Voir en ligne : Bird Show