Blood On The Wall // Awesomer
Fat Cat Records
jeudi 31 mai 2007, par
Un trio de Brooklyn qui s’amuse à maltraiter ses références qui sont aussi, comme par hasard, à peu près les nôtres. Passez muscade !
Une histoire de famille en fait. Un frère (Brad Shanks), une sœur (Courtney) et un troisième quidam (Miggy Littleton) occupé de temps en temps ailleurs (il tape plus doucement les fûts chez les néo-babas de White Magic). C’est aussi basique (guitare/basse/batterie/voix et une ou deux petites machines discrètes) qu’efficace et Blood On The Wall est à lui seul un sac de 50 kilos de farine au moulin des rockeurs mathématiciens (?) pour lesquels le 3 est un chiffre sacré. En bons voisins, ils ont joué avec tout ce que la grosse pomme compte de dératés jouissifs (Black Dice, Liars, Fiery Furnaces, Animal Collective...) et n’ont pas manqué de rappeler à certains à quel point les Yeah Yeah Yeahs s’étaient embourgeoisés dès leur second album. Avec leurs guitares crades, leurs mélodies à l’arraché et en se partageant alternativement le chant, mais de façon bien plus platonique, les Shanks ne manqueront pas de se chopper un titre de Kills de seconde zone, un bonnet d’âne qui ne se justifie pas plus que les faignasses comparaisons aux White Stripes. Aujourd’hui en rock, il suffit que le nez intervienne un poil (...) de plus que de moyenne dans l’exécution des vocaux pour que Jack et sa copine s’invitent et saturent l’horizon critique de rouge et de blanc.
Awesomer paye évidement son tribut aux potentats sonores locaux. Courtney a certainement collectionné les posters de Kim Gordon ("Keep Your Eyes") et de son insubmersible groupe Sonic Youth ("Reunite On Ice"), et ses deux potes savent citer de mémoire tous les lieux hantés, il y a bientôt quarante ans d’ici par l’autre légende et serpent de mer N.Y., le Velvet Underground, mais le groupe turbine son rock repérable à des kilomètres avec la désinvolture, le culot monstre, et un sens raffiné de l’effronterie dont seuls sont capables les enfants indubitablement doués.
Blood On The Wall, ce ne sont pas les gagnants chanceux d’un quelconque concours de répétiteurs indie mais deux types (et une fille) qui ont compris ce qu’ils avaient à apprendre d’autres types pour lesquels l’irrévérence allait naturellement de pair avec une volonté farouche de faire uniquement les choses comme ils les entendaient, quitte à se mettre à dos les 99,99% de la planète musicale. Les mêmes pour qui la découverte des Jonathan Richman et autres Pixies ("Mary Susan") a été autant une libération qu’un déclic libérateur.
Ce disque revient à acheter un chat dans un sac. On pense faire ami-ami avec Minou en deux caresses et trois poignées de croquettes et 6 mois plus tard, la (sale) bête ne délivre toujours de câlins qu’à son seul bon vouloir.
Mais quand nos sanguinaires lancent un tonitruant "Can You Hear Me" par-dessus les larsens, on rapplique dare-dare faire un gros miaou !!!!!
Voir en ligne : Blood On The Wall