Bobby Conn // King For A Day
Thrill Jockey/Bang ! (Belgique)
vendredi 19 octobre 2007, par
Les bardes du néo folk vous barbent ? Les gamins qui ont redécouvert la gratte la semaine dernière au fond de leur garage vous insupportent, et les roucoulades des rappeurs petits-porteurs titillent votre misogynie rampante en exacerbant votre défiance du tout à la voiture. Une solution : intronisez Bobby Conn et son péplum 70’s de poche souverain d’une journée Ou mieux roi de l’univers !
Petit comique finaud maniant provoc’, art du spectacle total et distanciation référencée avec jubilation et intelligence, Bobby Conn, aujourd’hui détaché de ses "Glass Gypsies" (son groupe à la scène) est une vraie star de l’underground (au moins 8 plaques dans les cartons). Non pas de ces astres météoritiques à combustion accélérée prêts à tout pour briller quelques instants au firmament médiatique, mais de ces comètes mystérieuses et mal connues, à propos desquelles circulent des histoires toutes plus fantaisistes et farfelues les unes que les autres.
Car Bobby Conn est l’homme de tous les défis : offrir un semblant de sérieux à l’héritage d’Alice Cooper, passer Kiss à l’eau oxygénée, réussir à faire éclore un sourire sur le visage angélique du Bowie aka Ziggy Stardust et chanter comme un Prefab Sprout onaniste. Sans oublier quelques bouffantes remontées de sève à la Funkadelic (James Brown sent trop la graisse à faire reluire) que l’homme ne réfrénait déjà guère il y a dix ans en lubrique compagnie d’autres joyeux drilles de la trempe à feu Make-Up (une secte du souvenir, vite !) ou encore Delta 72, à une époque ou le rock fomentait à peine son retour.
Malgré ses plans prog ("Sinking Ship"), ses fresques épiques ("Vanitas"), ses interludes de série B (l’intro de "Punch The Sky"), ses ballades fleur bleue à ridiculiser Mika sur son propre terrain ("When the Money’s Gone", "Love Let Me Down") et sa propension à la bougeotte, "King For A Day" est une plaque qui n’a pas mal à son époque. Pas la peine d’en parler à Marc Ysaye (Classic 21).
Les 70’s, sa musique, ses personnages, son imagerie, sa folie, ses fantômes, son sens de la démesure et sa course à l’excès (tout restait à conquérir) servent de toile de fond et de réserve de matériaux sonores prêts à l’emploi dont Bobby Conn se sert, l’oeil en coin et sans la plus petite trace de paralysie sur-respectueuse (écueil classique) pour répondre à ses interrogations d’homme de 2007. Et notamment celle-ci, déjà objectivée par Andy Warhol dans son travail, du quart d’heure de célébrité auquel l’humanité, presque sans exception et quel qu’en soit le prix, semble aspirer.
Mais en se plaçant délibérément dans le camp de la fantaisie amusée et du désir (la façon dont il irrigue l’imaginaire médiatique est une autre thématique du disque) maîtrisé, et en commettant ça et là quelques bourdes (l’horripilant "Mr Lucky" gâché par sa violoniste d’épouse) bien senties, Bobby Conn ne perd à aucun moment le sens des réalités. Sur le dessin de pochette, il apparaît comme un souverain en exil, assis au bord du précipice alors qu’à l’intérieur, un croquis nous le fait voir juché sur un trône (d’aisance) nettement plus conventionnel... Une conclusion tout aussi peu engageante que le siège déserté en dos d’album !
Le roi est mort ce jour, vive le roi !
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