Bright Eyes // Noise Floor (Rarities : 1998-2005)
Saddle Creek Records
lundi 10 septembre 2007, par
Si à la sortie du très radiophonique mais aussi très geignard "Cassadaga", on a relaté de nombreux cas de jaunisses et d’évanouissements au sein des fans déboussolés des débuts, le disque ne faisait que jeter une lumière crue mais ô combien éclairante sur l’une des facettes volontairement floutées du personnage Conor Oberst, à savoir une irrépressible envie d’entrer de son vivant au panthéon des chanteurs d’exception reconnus. Alors, entre processus de starification annoncée, faux pas accidentel et nostalgie de bon aloi, une petite compilation de raretés, faces B et d’inédits. Pour solde de tout compte ?
De l’art ou du cochon ? Compositeur hors pair ou héraut puéril de l’éternel mal être ad(u)olescent. A cette question, l’homme aux mèches tombantes et à la mine chafouine se gardera bien de répondre. Conor Oberst, ou la fructification (in ?)consciente de deux méthodes - "pour faire carrière dans le rock" - éprouvées et certifiées par deux experts en la matière : sieur Dylan et maître Bowie. Au premier, Bright Eyes renvoie l’idée d’une écriture impeccable, essentielle à son époque, mais elle aussi en butte au scepticisme de certains (demandez-aux néo réacs’ de la revue Crossroads), et à un timbre et une interprétation si singulière qu’elles ne laissent que le choix entre l’adhésion sans réserve et la détestation sans équivoque. Au Thin White Duke, Oberst reprend les thèmes de l’identité fragmentée (patron de label, businessman, chanteur à facettes...) et du trouble (catastrophique en interview, confus dans ses intentions et explications), non sans une bonne dose de pragmatisme, mais semble habité d’un vrai sens de la fraternité humaine (Saddle Creek ou la maison du bonheur ?) et indifférent de toute tentation de travestissement. Sans oublier une précocité féconde (il doit être né aux alentours de 1980) qui d’habitude sonne le glas de carrières à l’âge où d’habitude, elles prennent forme.
Mais là où il est pardonné la moindre faiblesse d’écriture à un Daniel Johnston (dont Bright Eyes se réapproprie ici le "Devil Town"), au nom d’une compassion (chrétienne) gangrenée d’hypocrisie, il est de bon ton de couper en quatre les cheveux de la moindre de ses chansons pour y dénicher la plus petite larve de poux. Sans détonner du répertoire connu, ce "Noise Floor" – disque compilatif qui ne réconciliera personne – ne sera pas l’occasion pour Bright Eyes de vider ses greniers et de sortir les poubelles avant de nous fausser compagnie (rien qui ne ressemble de près ou de loin à un déchet), et commence même, à la manière de pas mal de ses disques, par une intro mi-audible/mi-chaotique ("Mirrors and Fevers" débute par la captation brute d’une foule chantante noyée dans le bruit et se termine sur un quasi-gospel "blanc"). S’ensuit "I will Be Grateful for This Day", co-écrit avec son compère producteur Mike Mogis et sous-tendu par l’affrontement souterrain entre un orgue enveloppant et une boite à rythmes sursaturée, et quelques "beaux restes" partagés avec rien que des chics types, ce qui laisse à penser que le jeunot a déjà un carnet d’adresses que d’aucuns doivent lui envier. Une ballade ("Spent on Rainy Days") pour les jours mauvais en tandem avec Britt Daniel des excellents Spoon ("Ga Ga Ga Ga Ga" est une halte nécessaire cet automne). Une ode ("Seashell Tale") pour les feux de camps devant l’âtre parce qu’il tombe des cordes dehors, épaulée par ce diablotin surdoué de M.Ward. Et un moment de magie (noire) où les cordes de l’Américain se perdent dans un brouillard (flippant) d’effets ("Bad Blood") derrière lequel est tapi le discret mais efficace Jimmy Lavalle (The Album Leaf, Tristeza, Black Heart Procession...).
Qu’il soit patron chez lui ou bien entouré (on aimerait connaître le nom la muse fantomatique qui chante à ses côtés, ou par-dessus son épaule sur "Amy in the White Coat"), nulle part l’aficionado (et en face, le détracteur), même fauché, n’aura eu à un moment ou l’autre l’impression de s’être fait rouler dans la farine (pas le genre à refiler 4 versions du même titre, hein monsieur Sufjan Stevens !). Un travail de mixage supplémentaire aurait été parfois le bienvenu ("The Vanishing Act") mais de carences d’écriture ou de brouillons retirés des poubelles, nulle part-il n’en n’est question (citons encore "Weathers Reports" et son instrumentation stratifiée).
Reste à espérer que "Cassadaga" rimait bien avec faux pas...
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