Charalambides // A Vintage Burden

Kranky Records/Southern

vendredi 26 janvier 2007, par Yannick

Précaution d’écoute préalable : écartez au maximum les enceintes l’une de l’autre et installez-vous, debout, assis, couché, enfin dans la position confort de votre choix au centre de l’espace médian, non sans avoir poussé le volume dans les hauteurs du cadran de contrôle. Et qu’importe que le voisinage tambourine à la porte, vous n’y serez bientôt plus pour personne !

Surtout n’accordez aucun crédit à ces accusations "de hippie" proférées sans discernement par un éventuel auditeur hors d’atteinte, autrement dit, tenu à l’extérieur du champ magnétique émis par A Vintage Burden.

Du toujours très classieux label Kranky, on connaît surtout la face électronique, ces disques parcourus en long et en large de drones filandreux et amniotiques (Dead Texan, Greg Kowalsky, Chihei Hatakeyama...), et un peu moins le versant folk (Windy & Carl, Bird Show...), qui présente néanmoins les mêmes caractéristiques : grande attention portée aux textures, étirements et replis sonores (des boucles et encore des boucles), déni des formats temporels classiques, spatialisation ou immersion immédiate des effets induits et une architecture musicale qui, à un degré ou à un autre renvoie à celle du tunnel et/ou du labyrinthe.

Dans la déjà longue existence des Charalambides (compliquée à souhait), il y eut un moment où le noyau central, Christina & Tom Carter, (qui ont aussi une disco perso) devait composer avec un troisième larron (pas toujours le même). Leur travail s’en trouvait chamboulé (innervé ?), mais il ne faisait aucun doute que cet autre Carter Family reprendrait un jour sa forme initiale de duo. Car ce psyché (et psychiatrique) folk glacé et aérien est dans son essence première écrit comme une partition pour deux, un dialogue exclusif voix (exclusivement féminine)/guitares ne tolérant pas le plus petit élément rythmique intrusif, une ode éthérée et païenne dédiée aux forces de la nature, et qui en substance, nous rappellerait qu’il est une possible connaissance intuitive du monde qui ne nous est accessible qu’au travers de l’expérience sensible et intime.

Bien plus qu’à un commode Devendra Banhart, ces longues dentelles de guitares jumelles et ce chant psalmodié tel une prière à l’être aimé portent en elles de doux effets de transe chamanique qui les rapprochent des derniers travaux de Ben Chasny (le versant August Born, Six Organs Of Admittance), ou encore des odyssées pastorales et mentales du méconnu Songs Of The Green Phaesant. C’est probablement parce que les chansons de Charalambides sont emplies d’un amour irraisonné, mais à destination d’êtres faits de chair et de sang que leur propos demeure intelligible.

Pour la rampe en direction du cosmos, voyez plutôt Richards Youngs ou Pelt. Nous, on restera rivé au sol, pas loin des baffles, la tête pleine de filles et d’histoires d’amours (platoniques ?) impossibles.

Voir en ligne : http://www.kranky.net/artists/chara...

Rubriques

Dans la même rubrique