Christopher Willits // Surf Boundaries

Ghostly International

vendredi 16 novembre 2007, par Yannick

Quoi ! Encore un disque de laptop ? C’est lundi matin et là je suis en pleine phase de réinitialisation neuronale ! Comment ce n’est qu’un bon moment à passer ?

La difficulté posée par ce genre de disques, (mini) symphonie pour ordinateur, c’est d’être à même de partir à leur découverte l’oreille vierge ou du moins piquée du virus de la curiosité et non la tête farcie de concepts abstraits ou abscons et de présupposés scientifico-philosophiques. Les démonstrations aussi brillantes soient-elles, c’est bien beau mais la musique, c’est avant tout une affaire de sens !

D’autant qu’ici les dispositifs développés par le Californien Christopher Willits ne sont pas rendus inintelligibles sous l’action d’un hermétisme bon teint qui ne délivre de grilles d’analyse qu’à celui qui sera en mesure de les décrypter. Ceux-ci pourraient même passer presque inaperçus aux thuriféraires de l’écoute distraite. Les formats épousent les standards radiophoniques traditionnels et poussent le mimétisme du côté de la pop électronique en apnée ou de l’ambient planante (pléonasme).

Déjà auteur d’une jolie discographie - au moins 4 albums sous son nom propre, auxquels il faut ajouter une poignée de collaborations à visage plus ou moins découvert aux côtés de Kid 606, Matmos ou Brad Laner - cet ancien élève de Fred Frith et de Pauline Oliveros serait à (re)placer dans le prolongement des travaux les plus "limpides" (les derniers donc) d’électroniciens aussi doués qu’insaisissables tels Fennesz, Dorinne_Muraille voire Oval.

D’une matière première sonore entièrement constituée de samples (voix, guitares, basses, cordes, et captations diverses), de rythmiques synthétiques et des 1001 manipulations et agencements qui la réorganisent en profondeur, Christopher Willits tire un matériau éminemment émotionnel, légèrement impur (craquements et glitch laissés à tous les étages) dominé d’une douce tristesse et d’où émane un étrange mais réel sentiment de spontanéité ; plutôt inhabituel dans ces contrées ou la manipulation se pratique aux niveaux les plus intimes de la structuration du son. Qu’elles soient chantées, murmurées – par l’auteur lui-même et la dénommée Lutrice Barnett – ou simplement méditatives, les 12 vignettes de "Suf Boundaries" partagent une structure floconneuse commune et un rapport que l’on qualifiera de fragmenté au temps.

Avec pour conséquences, des effets plus ou moins contrastés. De loin, on croît déceler des agrégats pleins ou des blocs sonores entiers de trois minutes et de tout près il ne reste plus que des mailles filandreuses tissées d’une myriade de grains vibrants à l’unisson mais temporellement séparés par d’infinis écarts. Quand on a le nez dessus, un chef d’œuvre de l’impressionnisme, c’est une nuée de tâches colorées et de lignes informes. Pour prendre la pleine mesure artistique du tableau il faut jouer de la juste distance. Chez Willits, c’est encore plus fort, il faut s’écarter un peu des baffles pour entendre les chansons et avoir une idée d’ensemble, et coller l’oreille aux enceintes pour en saisir les riches subtilités de la palette de sons utilisés et l’étendue de la profondeur de champ.

C’est décidé, demain, je saoule mon P.C. et j’enregistre ses rots !

Voir en ligne : Christopher Willits

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