David Karsten Daniels // Sharp Teeth
Fat Cat Records
vendredi 21 septembre 2007, par
Sorti du bois à pas de velours à la fin de l’hiver, l’Américain David Karsten Daniels a tôt fait de dérouter les quelques curieux et anthropologues/musiciens en dilettante qui ont porté une oreille (et un regard) à.... "la chose".
Et sans les fureteurs un peu barges de l’excellentissime maison FatCat, il eût fallu attendre un buzz contre-nature sur la blogosphère (aucune chanson à taper du talon sur ce disque) ou un vent favorable de bouche à oreille (de plus en plus rare), pour que ce type au nom impossible à retenir pour 90% de Francophones (sources Y.Leterme !), n’échoue sur la platine.
En premier, il y a cette illustration à battre froid les meilleures volontés. Le dessin type d’un évènement traumatique (un ogre nudiste dévorant les intestins de sa (?) compagne toujours consciente, dans la quiétude de la montagne sous une nuit étoilée) comme les centres psychopédagogiques doivent en posséder des centaines, regroupés sous la mention "problèmes", dans leurs cartons. Le trait est naïf et les couleurs douceâtres, mais la cruauté de l’acte mis en scène n’en ressort qu’avec davantage de crudité.
Ensuite les ragots et légendes qui accompagnent l’intéressé comme une nuée de mouches un sans-abri de longue date. Classique cas d’une enfance passée au Sud de la ’Bible Belt’, en Caroline du Nord pour être précis, où l’étau religieux ne laisse que peu de place à une (re)lecture personnelle et autonome de la réalité. Un chant pratiqué dès l’enfance... à l’église, études de jazz complétées par un cursus musical théorique universitaire (contemporain) avant un passage à l’acte épaulé par un improbable big band de 19 musiciens sous la direction d’un habitué des formations très élargies, Daniel Hart qui s’est fait la main avec les prêcheurs pour de faux de Polyphonic Spree. On dit aussi que l’homme, insatisfait de ses premiers travaux aurait dans ses cartons 3 autres moutures de cet album (lui-même est l’auteur de 3 plaques sorties +-sous le manteau), mais on sait aussi que les légendes naissent de la répétition imparfaite de faits avérés et/ou inventés..
"Sharp Teeth" est un disque qui ne se comporte jamais comme on pourrait s’y attendre. DKD nous épargne les couplets rabougris d’une énième litanie d’un singer/songriter de plus qui referait le coup d’une thérapie en direct, de même qu’une plaque orchestrée jusque dans ses plus menus détails, une méthode éprouvée et magnifiée par Brian Wilson en son temps pour (tenter d’) ordonner le chaos qui régnait dans sa tête. Mais ça ne fonctionne pas à chaque fois, loin de là. Et puis chez DKD, c’est pas le ciboulot qui disjoncte, c’est la morale (et donc la religion) qui défaille, qui fait montre de son impuissance. Où trouver les réponses aux questions posées par l’existence quand même la Bible demeure coite ou muette ? c’est ce qui agite le cœur des chansons du bonhomme. Bonjour l’angoisse ! Et merci de ne pas y répondre tout de suite !
"The Dream Before The Ring That Woke Me", illustre à merveille l’étrange complexité qui semble lester les dix titres de "Sharp Teeth" de soubassements rarement entrevus en première visite. Brouhaha de départ, échauffement mélodique en bonne compagnie, mais où l’indiscipline règne, avant un crescendo instrumental de toute beauté qui, 20 seconde durant, paraît tenir la mesure à la manière Steve Reich. Sur "Script", on jurerait avoir entendu un Rufus Wainwright patraque luttant contre les mauvaises manières d’un jazz band qui s’évertue à sonner New Orleans. On n’y voit pas plus clair que lui dans "Jesus and the Devil" (qui est qui ?) mais on aime l’ange (la muse) murmurant posé sur l’épaule de cette chanson qui se conclut sur une aporie comme chez Richards Young. "Minnows est un titre à deux fins mais par commodité en a une dès le début ! Et au sortir de "Beast", on ne sait plus qui de Thee More Shallows (dernière plaque chez Anticon) ou de Dust Dive on conseillerait comme compagnon d’écoute à un amis pour une retraite à l’écart du monde.
En Caroline du Nord peut être ?
On devrait reparler de David Karsten Daniels.
Voir en ligne : David Karsten Daniels