dimanche 6 mai - Rotonde

Do make Say Think // You, You’re A History In Rust

Constellation/Southern

dimanche 22 avril 2007, par Yannick

Pas question d’accorder plus d’une demi-seconde d’attention aux persifleurs (distraits ?) qui tireraient d’une rapide visite de ce cinquième disque de Do Make Say Think la conclusion que les Canadiens, à ce stade-ci de leur mue, ressemblent très étrangement à cette autre entité collective mouvante et voisine de label, A Silver Mt. Zion. En cause, l’apparition de voix, elles aussi, profondément fondues à l’ensemble, et pourtant en lévitation constante, comme en suspension au-dessus de titres qu’elles semblent aimanter et alléger, soulager ci et là de leur trop-plein de tensions et y laisser à la place davantage de mystère, de béances promptes à accueillir les imaginations vagabondes.

"Tout est affaire de chimie "" ajouterait le scientifique. Si le post rock (.. ?) est à classer du côté des gaz sur un hypothétique tableau de Mendeleïev du rock, You, You’re A History In Rust, comme tous ses prédécesseurs, aurait besoin de combinaisons chimiques bien connues (genre hydrogène/oxygène... donc eau) pour que ressorte, de sa description, sa nature intrinsèquement liquide.

S’embarquer dans un disque de A Silver Mt. Zion, ça relève toujours d’un truc un peu païen, d’un trip qui passe par la concrétisation d’un désir d’élévation, une sortie du corps et un glissement progressif dans l’extase, qui peut même basculer dans une expérience transcendantale...

Se faufiler dans un album de Do make Say Think, c’est au contraire, éprouver concrètement les limites de ce corps confrontées à des conditions inhabituelles et déstabilisantes. Un(e) plongée/retour à l’élément originel (l’humain vit ses 9 premiers mois dans un liquide) autant qu’une redécouverte des sens soumis à une déformation de réalité synonyme d’horizon sensoriel jamais entrevu. C’est jouir d’un réceptacle qui ne pèse presque plus rien, d’une souplesse insoupçonnée, d’un joyeux chamboulement de perspectives (plus de hauts et de bas), une occasion de renverser l’omnipotence de la vue (dans l’eau, tout est flou) et de disposer d’une ouïe revenue à l’un de ses fondamentaux : (ré)entendre.

Et nous à la joie d’enfin revoir Constellation ne plus confondre le dispensable (Sandro Perri, Feu Thérèse...) avec sa raison d’être de toujours (des disques qu’on aime collectionner).

Voir en ligne : Do make Say Think

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