AB Café, Bruxelles, mardi 18 sept., 15:00
Efterklang – Parades
Interview with Rasmus Stolberg and Casper Clausen
lundi 15 octobre 2007, par
À s’attarder sur la couverture de la pochette de Parades, on ne sait trop à quoi s’attendre. Efterklang aurait-il viré pop méticuleuse ? L’électronique aurait-elle pris le dessus ? Et quels sont ces arpents colorés qui façonnent cette composition doucement étrange ?
La réponse n’est pas aussi simple qu’elle puisse y paraître. Évidemment. Car les Danois n’ont jamais fait dans le simple, tout en restant cependant des plus terre-à-terre d’un point de vue des sensations. Une courte discussion avec deux d’entre eux, à savoir Casper Clausen, principal nucléon du groupe, et Rasmus Stolberg, guitariste chanteur et responsable du label attenant, Rumraket, ne peut que faire du bien quant à l’approche à appliquer à leur musique.
Dans un premier temps, et pour répondre à ma première question, non, le groupe n’a pas viré pop. Il s’installe cependant dans le méticuleux et personne ne viendra le leur reprocher. Efterklang est bien cet amoncellement de détails caractéristiques qui font que le morceau est morceau, mélodie sublime, faux chef-d’oeuvre post rock aux allures nonchalamment lyriques. L’évolution existerait-t-elle réellement, dès lors, depuis le premier album ? Casper : On a grandi. Parades est plus acoustique, alors que Tripper était plus électronique. Mais l’aspect électronique est toujours bien présent, c’est juste qu’on voulait explorer beaucoup plus le côté acoustique en termes d’espaces et d’instruments. Rasmus confirme : On peut dire que Parades est un album acoustique produit de manière électronique (alors que c’était le contraire pour Tripper). Mais les mélodies prévalent. Casper est le principal compositeur et il a appris beaucoup à force de travailler les sons. Ce dernier précise : Oui, j’ai vraiment l’impression que c’est un nouvel album.
Parades constitue donc une nouvelle étape dans la carrière du groupe. Nouvelle étape en ce que ses membres se sont appliqués à multiplier les techniques d’enregistrement pour en souligner cette composition magique qui devait ressembler le plus exactement à leurs affections du moment. Mais force travail ne vient-il pas étouffer les premiers soubresauts de création ? Casper : Ça dépend. Je pense que les fondements des morceaux sont toujours là, les notes au piano, accords de guitares, et tout ça. Et malgré les différentes étapes de travail et d’enregistrement par lesquelles nous sommes passés, nous avons tenté de garder ces éléments bien présents. Ces premiers essais peuvent venir de n’importe quoi, un bruit de verre ou quoi que ce soit et c’est à partir de cela qu’on essaie de construire une histoire, une narration, de lui apporter un sentiment.
Et quel sentiment ! Car l’écoute de Parades ne peut que nous rendre plus pieux, nous embrasser de grâce et de foi mystique, à la frontière entre ferveur religieuse et l’esprit belliqueux qui règne sur le champ de bataille, les premières heures avant le lancement du combat. Rasmus : La marche d’une armée… oui. Mais aussi l’enregistrement d’un album. Casper : On a voulu utiliser beaucoup plus les chœurs, sans pour autant conférer à la musique un aspect religieux, mais je dirais peut-être alors plus spirituel. L’approche est plus rêche que sur Tripper, les voix sont également plus travaillées, on a vraiment voulu les explorer plus profondément, avec des chœurs, des cris, des sons étranges ou du beau chant. Mais cela reste plus naïf, moins technique que le travail de Björk sur Medùlla. On a surtout cherché les variables, les distances que nous pourrions parcourir à partir des voix. Rasmus revient sur l’aspect religieux : Dieu ne joue pas vraiment un rôle dans notre musique. Nous sommes athées pour la plupart, à quelques exceptions près. Un membre du groupe croit en Dieu, mais il laisse cet aspect de côté. Quand on regarde la Bible, cependant, on y trouve beaucoup de choses très intéressantes, mais nous ne voulons pas célébrer ces histoires. Nous voulons garder le politique et le religieux à l’écart de ce que nous faisons avec le groupe. On pourrait dire alors que nous tentons d’offrir une alternative à ce qui se passe dans le monde, sans vouloir paraître prétentieux. Casper : Oui, et c’est comme quand les gens nous rapportent les images qu’ils ont sur notre musique, c’est toujours intéressant quand ces images sont différentes.
Efterklang ne s’est jamais vraiment caché de ses attirances pour les arts en règle générale. Aujourd’hui, pour commenter vaguement la pochette de Parades, le groupe cite les compositions d’un Jérôme Bosch et ses multiples détails fascinants, qu’on retrouverait alors dans les compositions. Casper : On peut dire en effet que l’Art nous sert effectivement de base en règle générale, mis à part la vie de tous les jours. Rasmus : Les deux choses les plus importantes sont les autres musiques et les films. De même, je suis toujours intéressé par différents artistes, comme Jérôme Bosch, Egon Schiele ou encore Henry Darger (info ici, ici et là, ndlr), que je viens de découvrir et qui me fascine.
À côté de cet aspect artistique clairement marqué, le groupe s’inscrit également sur une utilisation particulière de son site web. Celui-ci, en effet, n’est plus seulement un amalgame de pages présentant les particularités majeures du groupe, mais devient un blog dans la plus pure tradition de la Blogosphère, faisant également mention et publicité d’autres groupes soutenus par Rumraket, le label du groupe, et d’impressions furtives de ses membres. Casper : C’est plus facile, en effet. Et on voudrait vraiment l’intégrer encore plus. Rasmus continue : Avant, j’étais le seul à avoir accès au site et donc à m’en occuper, et quand je devais le mettre à jour, c’était toujours avec la lourdeur d’un site non dynamique. Maintenant, c’est beaucoup plus simple pour nous et également plus chouettes pour nos fans. De même, on a découvert avec MySpace le plaisir de communiquer directement avec les fans, qui nous contactent directement. L’idée, dès lors, pour notre site, était directement inspirée de MySpace, mais en en faisant une version plus personnelle.
Efterkang s’est aujourd’hui installé comme fer de lance de toute un mouvement national de musique alternative. Des groupes directement soutenus, via Rumraket (Taxi Taxi -dont on a parlé ici-, Slaraffenland, etc.) aux autres (notamment Lis Er Stille, dont l’écoute est chaleureusement recommandée), Efterklang est donc devenu, peut-être un peu sans le vouloir, un drapeau aux couleurs flamboyantes que chacun, au pays, voudrait suivre. Mais le public et la presse font-ils également partie de la fête ? Rasmus : Non. Pas du tout, même. Un journaliste important a même un jour écrit qu’il en avait marre des petits groupes et de recevoir constamment des démos. Mais n’est-ce pas là pourtant le propre de son travail ? C’est clair qu’il y a pas mal de bons groupes au Danemark, mais il faut toujours également faire attention, parce que certains d’entre eux disparaissent rapidement. Casper ajoute : Les médias, au Danemark, restent toujours dans la même idée de la promotion d’artistes : ils s’intéressent uniquement à un nombre réduit d’artistes et le paysage musical, dans la presse, en ressort assez pâle. La recherche d’une certaine idéologie de curiosité ne semble pas faire partie de leurs préoccupations. En Belgique, l’approche semble différente : j’ai parlé avec un journaliste belge qui partait au Danemark pour y découvrir de nouveaux groupes. On ne verrait jamais ça au Danemark !
Rumraket s’évertuerait donc à colorer ce paysage médiatique assez fade. Mais quel est réellement le statut du label par rapport au groupe ? Rasmus répond : Je m’occupe du label. Efterklang est une aventure musicale. Rumraket en fait intégralement partie. En quelque sorte, le label constitue ma contribution au groupe, puisque je ne prends pas vraiment part dans la composition des morceaux. Mais le but, au final, c’est que le label existe pour lui-même, et cela nous semble normal de parler d’autres artistes de Rumraket sur le site d’Efterklang. Casper complète : C’est comme une grande famille, pour nous, c’est normal.
Grande famille ou pas, Efterklang joue dans Parades des rapprochements improbables d’esprits circonstanciés. Ce nouvel opus constitue déjà une des démarches les plus appréciables de cette année 2007 et il est certain que la transposition sur scène de ce petit chef-d’œuvre ne manquera pas de goût. C’est pourquoi la présence de tout un chacun sera requise lors de la soirée Rumraket, organisée par le VK au Pathé Palace (à Bruxelles, en face de la Bourse), le 2 décembre prochain…
Ci-dessous, le teaser pour la sortie de l’album :
Voir en ligne : Site officiel