Faris Nourallah // Near the Sun (The Best Song Of)

Green Ufos/Mandaï

dimanche 30 septembre 2007, par Yannick

Alors que l’homme a fait le plein de bonnes critiques avec la sortie de "Gone" cet été, me revient à l’esprit qu’effectivement, j’avais bien quelque chose signé de sa main, planqué là sous la deuxième pile de mon arriéré discographique...

L’objet en question est une (autre) compilation des ses premiers travaux publiée en 2005 sur un label espagnol spécialisé dans des rééditions de qualité. Le disque, dans son habillage naïf, enfantin, presque bédéesque, a ceci de pratique qu’il inclut une courte bio de son auteur, qui a depuis fait le tour des blogs de la toile mondiale. Quelques lignes qui esquissent le portrait d’un Américain d’origine syrienne élevé au beau milieu du grand nulle part, à la frontière du désert texan et du Mexique ; de son éveil précoce à la musique à sa manière toute agoraphobe de la pratiquer (cloîtré chez lui, pas de concerts, travaille seul mais au rythme d’un disque par an...) ; de ses rapports difficiles avec le genre humain (divorcé, fâché avec son frère Salim avec qui il forma son premier groupe The Nouralla Brothers et publia un album, il ne parle plus à son père décrit comme autoritaire, etc.) en passant par la vision toute personnelle de son travail ("Je fais de la musique comme un écrivain écrit des livres").

Tout ceci ne serait rien ou même sans importance si l’homme tombait le masque de l’expert en bidonnage, puisque seules les chansons restent tandis que les vies passent (du moins j’aime à le croire).

S’il est trop tôt pour crier au génie tardif (l’homme a fêté ses 38 printemps), on ne peut que saluer l’éclosion d’un véritable songwriter, brouillon et probablement indiscipliné mais soutenant allègrement la comparaison de ses pairs.

On est tenté d’évoquer le spectre (...) d’Elliott Smith mais on n’a pas envie de lui porter poisse. De même qu’on prendrait bien l’avis de Mark Linkous (Sparkelhorse) à propos de Faris mais c’est encore prendre la musique par le petit bout de la thérapie alors qu’on cherche juste à ne pas mentionner Beatles et pop 60’s dans l’article !

La trajectoire de vie de Faris Nourallah (initiales F.N. étonnant non !) laisse plutôt à penser que dans le contexte actuel de la pop mondialisée, il y a plus à attendre des héritiers zélés que des rénovateurs à tout crin. Un peu comme si l’originalité et la singularité ne pouvaient naître/surgir que dans une relecture au présent des fondamentaux du passé. Le propos n’est pas ici de défendre une vision conservatrice de la chose rock (Classic 21 en Belgique) qui d’ailleurs ne s’applique pas dans le cas présent.

Car ces influences immédiatement décelables s’expriment dans le contexte, contraint ou librement consenti, d’un formalisme minimaliste (lo-fi ?), qui loin de faire office de cache-misère à la banalité ou la médiocrité, semble créer un lien indissoluble entre les chansons et leur créateur tout en leur conférant une assise pour de possibles développements ultérieurs. Faris porte peut être les habits frustres de l’ermite misanthrope, ses joujoux ressemblent à de magnifiques joyaux dont la seule beauté brute illumine le regard mais dont on ne peut s’empêcher d’imaginer l’éclat une fois ceux-ci passés par des mains expertes ! "I’m Falling" et son spleen machinique très 70’s revisité par Herbert ou "Far From the Sun" chanté en duo avec Linkous (encore !) pour la B.O. d’un film où il pleut sur les corps et dans les âmes. "Start a Revolution" débute comme le Dylan d’avant l’électrification pour se plier à la joie d’un karaoké version Who tandis que "Sick on the Scalator" le place devant les machines cheap où hier, Felt (et Denim), et aujourd’hui, Vitesse ou encore Greg Weeks, ont écrit leurs mini chefs d’œuvre méconnus.

On restera un poil circonspect, et c’est de bonne guerre, en rapport aux tâtonnements de l’Américain à se frayer un chemin artistique, tortueux à souhait, et tapissé de compilations plutôt que de vrais disques mais on ne le remerciera jamais assez d’avoir composé un hymne vaccin ("Let’s Get Married") contre l’épidémie du mariage, qui continue, année après années à causer des dégâts dans les vies.

Merci !

Voir en ligne : Faris Nourallah

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