Fiel Garvie // Caught Laughing
Words On Music
samedi 6 octobre 2007, par
Fiel Garvie pose une question essentielle en ces temps où tout va si vite et où les frontières entre inconnu(e) d’hier et étoile (filante) mondiale (sur le net) d’aujourd’hui se franchissent, dans les deux sens, en un tour de main. Que faire des groupes désespérément moyens ?
Et d’ajouter, qui ne se prêtent absolument pas à cette figure de style si nécessaire, le coup d’éclat. Parce que Fiel Garvie, c’est plutôt un groupe à écouter en février (tendance hivernale) ou en novembre, sous l’éclairage tamisé et ses ombres portées d’un long couloir plutôt que dans la lumière vive d’une pièce exposée au sud, et "Caught Laughing", un disque de murmures et de susurrements plus tenté de faire la pelote de laine qu’à se vider les entrailles en cas de contrariétés.
Des groupes un peu garçon et pas mal fille, même quand il n’y a que des garçons (ici le rapport joue 2-3 en faveur des filles), patraques ou jamais vraiment à leur place, on en connaît une kyrielle qu’on préfère s’écouter à longueur d’humeurs moroses plutôt qu’à s’envoyer une boite de Xanax ou l’un de ses génériques. Et depuis Belle & Sebastian, Camera Obscura ou Black Box Recorder, on se demande même si certains ne sautent pas volontairement les repas et attendent l’hiver à l’abri du soleil pour vivre sans honte leur idylle (dés)amoureuse dans une promiscuité existentielle librement consentie.
Dans leur bio, ces Anglais de Norwich signés sur le plus british des labels U.S. (Words On Music, versé dans la réédition des incunables de la post new wave) se reconnaissent dans la fureur tranquille des Yo La Tengo, American Analog Set et Mogwai (Geoff Allen, producteur a travaillé avec les Ecossais) même si on leur aurait plutôt prêté un passé de Shoegazer tendance Slowdive à la place.
Parfois excellent sur le format court ("Estimate" et sa filiation Faithfullienne, "Shy Away", une idée de Cure au féminin) Fiel Garvie peine à s’incarner sur le, long par excès de préciosité ("Daylight" et son mixage insensé ). La petite troupe s’avère comme incapable de se débarrasser du vernis de son éducation presque victorienne (la chanteuse Anne Reekie, un coup potable, un coup mièvre), de se défaire de quelques mauvaises manières (leurs synthés sont dopés au glucose) et de passer du régime de la complainte à celui de la lumineuse mélancolie ("All of You", neuneu de chez neuneu).
Alors que le disque se conclut sur "We Wish", anticipatif tel un vœu pieu, demeure l’impression vivace d’un groupe d’apprentis sorciers de la nuit dont la plupart des charmes ont lamentablement échoué mais dont on ne sait si c’est par malchance ou timidité ; ou que non, la magie n’est décidément pas faite pour eux !
Voir en ligne : Fiel Garvie