Ginger Ale // Daggers Drawn
Crazy Car Driver/Discograph
samedi 30 juin 2007, par
Pas découragé même après avoir essuyé un feu nourri de péripéties, le duo survivant aux commandes de Ginger Ale revient aux affaires. Mais cela valait-il vraiment la peine ?
Et parce qu’en chacun d’entre-nous se terre un sadique en puissance, on vient à regretter que les Français ne s’en soient pas pris encore plus dans la tronche. Placé comme un marchepied on ne peut plus engageant, "The Rules Of The Market" est à la fois la meilleure chose qui soit arrivée sur ce disque et une remise à plat sensible et sans fiel de quelques ardoises que Ginger Ale entend régler comptant.
C’est que les critiques ne tarissaient pas d’éloges à l’aune d’un premier album ("Laid Back Galerie"en 2002) qui tirait habilement son épingle du jeu dans le fourmillement post ’80’s, flanqué de surcroît d’une reprise bien sous tous les rapports du "Happy House" de dame Siouxsie (And The Banshees). Mais ça n’a pas dû suffire à quelques comptables en herbe qui règnent en maître dans l’industrie déclinante du disque et le groupe s’est fait jeter comme un malpropre. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, à cette bourrasque extérieure s’est adjoint une mini-implosion intérieure avec le départ de l’un des membres d’origine et son remplacement à la tête (de pulpe ?) de Ginger Ale par celle qui assurait déjà l’essentiel des vocaux, Angèle David-Guillou (qui a déjà une existence discographique propre sous le nom de Klima chez Peacefrog).
Mais ce disque soufre de maux que le temps qui nous sépare de sa sortie (début 2006) n’a fait qu’accentuer. Stéphane Bertrand, l’autre partie du noyau de GA, doit en connaître un rayon de Médiathèque question années électro et new wave 80 et semble ne rien ignorer des mécanismes qui paralysent trop d’encyclopédistes pointilleux, mais bien que la plupart de ses compositions ressemblent à de vigoureux appels du pied à la fée radiophonique, ses chansons, bardées d’intentions et d’effets de manche échouent à vriller les cloisons pourtant perméables du ventre mou d’une pop qui s’achemine tant bien que mal jusqu’à l’oreille sans jamais être en mesure d’aller plus loin. A l’exemple d’"Un Peu Après Minuit" qui bénéficie pourtant du renfort appréciable de Mickaël Furnon (qui sait ce que tube veut dire), hésitant entre du Mickey 3D fatigué et un karaoké pour une pub d’Air France (le Chemical Brothers chanté par la divine Hope Sandoval) dans les choeurs. De même que "Out Of The Blue" débarrassé de ses synthés saccharinés aurait pu donner du soucis à Electrelane, "Sleep Well" est un condensé de tout ce qu’a évité Anja Garbarek comme embûches sur son dernier opus.
Et puis, quand on se dit que dans quelques semaine Ginger Ale ne signifiera pour nous plus autre chose qu’un soda ou un composé entrant dans la composition de cocktails que l’on boit sans soif, se faufilent in extremis "Un Eté Dans Le Vent", sorte de lounge musique et une invitation à passer les vacances chez soi, et "Love Is The Answer", croonitude élèctro à la Denim pour garçon chic, désœuvré et surtout célibataire .
A croire que le très judéo-chrétien adage "à quelque chose malheur est bon" trouve ici une résonance inattendue...
Voir en ligne : Ginger Ale