Goo Goo Blown (Le Bonhomme) // Devilish FantaZiäh
Lez’Art Music Editions/Universal Music
lundi 4 décembre 2006, par
A en croire la bio et le site, (Le Monde Merveilleux De) Goo Goo Blown (Le Bonhomme) est la réponse française à la "post pop". Autrement dit, un groupe capable de damner le pion à Sigur Rós dans l’emphase éthérée et de faire jeu égal avec Goodspeed You ! Black Emperor (& descendance) sur le plan des architectures sonores libres mais à l’impitoyable rigueur.
Et quand Goo Goo Blown (Le Bonhomme), en plus d’en rajouter une louche coté noms à rallonge, jette pelle-mêle dans la balance Miyazaki, Lovecraft, Tim Burton, Sonic Youth & Jérôme Bosh dans la description d’un univers référencé dans l’excellence jusqu’à la caricature, et se paye Ian Caple (Tindersticks, Bashung) à la console, la réponse à pareille profession de foi ne peut prendre que la forme du déni radical (envoyez la chevrotine) ou de l’adhésion béate et immédiate (devenez membre du club).
Pas plus qu’en politique, l’ambition ne peut être tenue que pour suspecte, on ne pourra adresser le reproche aux Français de dissimuler des dessous prog chics sous des haillons post machin-choses puisque même dans le noise metalcore extrême actuel, on peut entendre quelques très identifiables occurrences débarquées en droite ligne de ces 70’s honnies. Tout comme on ne peut que songer à Ange (et Magma ?) tentant, en douce, de plaider sa réhabilitation devant des visuels terriblement connotés, tirés de l’imaginaire enfantin, et des noms de chansons qui ressemblent à autant de titres de fables repêchés d’on ne sait quel poussiéreux grimoire(s) de grand-mère ("Les Anges Sont De Fausses Blondes", "Le Cabinet Des Fées", "Bloody Lovely Lady", "Subaquachaotik Warriors"...). De même que les feulements appuyés de Matthieu B.Michon sont du pain bénit pour les disciples des Islandais nommés plus haut, en deuxième écoute et face à cette curieuse intonation qui fait de l’anglais et du français deux obscures langues jumelles, c’est vers une déclinaison actuelle et atténuée du kobayen (un idiome linguistique créé de toutes pièces par Magma il y a...) que semble cheminer Goo Goo Blown (Le Bonhomme).
Mais Devilish FantaZiäh pâtit d’un manque terrible de convictions et souffre de l’inanité de ses choix. C’est un disque armistice qui tente après conflit de réunir autour d’une table des protagonistes exsangues, contraints à une paix à n’importe quel prix, même à des conditions qui feront que quelques années plus tard, "ils n’auront d’autres choix que de remettre ça !". Un "cadavre exquis" dont les joueurs se détestent et n’ont de cesse de torpiller le travail des participants suivants. Ici, on empile, on recoud, on (re)bouche et on colle en essayant de faire plaisir à tout le monde, du progueux au poppeux mais finalement, on ne contente plus personne.
C’est peut être ça le nouveau mal du siècle, à force d’ingérer, on ne digère plus rien... Dommage.
Voir en ligne : http://www.myspace.com/googooblown