scène Nameless

Griots & Gods (Dälek Vs. The Young Gods) - interview

samedi 14 juillet

mardi 3 juillet 2007, par Frederic

Il est parfois de ces personnes dont les idées ont l’art de planer bien loin au dessus de la volée. Des personnes dont les associations de pensées se font en un instant, aussi logiques que les mathématiques les plus triviales, et dont la chimie qui en ressort mérite plus que jamais le préfixe ‘al-‘, tant le résultat surpasse toute espérance. Kem Lallot, programmateur aux Eurockéennes de Belfort, fait partie de ces personnes. Son idée de l’année ? Associer les univers particuliers de deux pontes de genres tout aussi particuliers. En l’occurrence, le rock électro-expérimental des Suisses [The Young Gods->http://www.younggods.com/] et le ‘die-hard’ hip-hop des Américains de [Dälek->http://www.deadverse.com/]. Les atmosphères s’embrassent et donne naissance à un complicité humaine tant que musicale à travers laquelle les deux groupes s’inspirent et créent un monde à mille lieues de ce à quoi on aurait pu s’attendre. Le projet est une idée de Kem, rappelle Dälek. C’est une bonne idée. On a toujours été de grands fans de collaborations en tous genres. C’est toujours intéressant de travailler avec de nouveaux musiciens, et plus particulièrement avec des légendes telles que The Young Gods.

Il faut avoir l’esprit assez ouvert, précise Franz Treichler, la voix derrière les ‘jeunes dieux’. D’abord parce qu’on en apprend beaucoup, sans savoir ce que les autres vont apprendre. Mais au final, on sait très bien ce que nous, on a appris. Sinon, on reste très libre. On a pas mal composé à partir de jams. Mais une fois qu’on monte sur scène, on décide d’un cadre et d’une longueur et on se lance. Et ce qu’on a réellement appris à travers cette expérience, c’est d’essayer de rester spontané, peu importe le moment. C’est assez spécial parce qu’on n’a jamais joué dans un autre projet de groupe avant. C’est vraiment nouveau pour moi. Et j’apprécie vraiment le fait de ne pas savoir qui fait quoi quand on joue, ajoute-t-il en riant. Dälek enchaîne, tout aussi bon enfant : Il y a des moments sur scène où je me dis que ce que je fais sonne vraiment bien et puis quand j’arrête, je me rends compte que ce n’est pas moi !

Le résultat sur scène est imparable. Un mélange unique et composite en forme de vol de bourdon. On sait comment on part sans vraiment connaître la destination. Mais peu importe l’arrivée, ce qui nous intéresse ici, c’est le voyage. Mystique et religieux, le concert envoûte les corps avant de les faire exploser, possédés, dans une spirale incontrôlable. Tout le monde ne peut pas écouter et le public des Eurockéennes ne semble pas assez préparé pour affronter le combat. Mais une fois submergé, l’auditeur attentif n’a plus besoin de son attention. La magie opère et désormais, on parlera de sorcellerie. (Deux extraits du concert aux Eurockéennes sont visibles en fin d’article)

On a pris quatre jours pour composer et enregistrer 18 morceaux, me dit Dälek. Ce n’était pas toujours facile, en fait. Il fallait composer avec les talents qu’on avait sur scène sans vraiment se connaître au premier abord. Mais on est contents d’être là, de voir ce à quoi on a abouti et d’en faire partie. Parfois, je me dis que j’aimerais bien faire partie du public pour écouter, continue-t-il en riant. En fait, il y a des éléments de Dälek et des Young Gods, mais c’est vraiment un nouveau groupe. Ça ne ressemble à rien que Dälek ou The Young Gods ait pu jouer. Quand je leur demande si on peut s’attendre à un enregistrement, Dälek me répond : On a comme idée d’enregistrer les concerts, mais on ne sait pas encore ce qu’on va en faire. Derrière cette nouvelle amitié, il reste aussi la complicité musicale et ce serait dommage de ne rien en faire, qu’il n’y ait aucun remixe des morceaux. On va aussi essayer que les gars viennent enregistrer dans nos studios, au New Jersey. J’espère que le résultat sera aussi bon que ce que j’ai en tête. Mais c’est important parce que c’est le début de beaucoup de possibilités à l’avenir, des side-projects, des tournées… Et puis tout a été si facile ! D’habitude, les plupart des artistes ont pas mal d’égo et ce n’est pas toujours facile. Ici, on a été 13 en tout, en tournée, et tout le monde s’est trouvé ! On en finit pas se considérer comme une famille. Griots & Gods, c’est donc le nom du projet, s’est en effet enrichi de la présence de Destructo Swarmbots à la guitare, et Joshua Booth, dont la présence est déjà remarquée sur de précédents opus de Dälek. D’autres collaborateurs ont par ailleurs également participé de loin à ce projet dont le nom est à rechercher dans le deuxième album de Dälek, "From Filthy Tongues of Gods and Griots". C’est dommage que ce genre de collaborations ne se fasse pas plus souvent, regrette Dälek. Je déteste les concerts où les groupes se répètent inlassablement. Il existe une longue tradition de travail sur différents genres et je crois que c’est toujours intéressant pour tout le monde. J’espère que le public appréciera ce qu’on lui présente. Mais il faut que les gens voient plus loin que leurs seules pensées. Franz précise : Si tu es fan de Dälek, tu es quand même déjà supposé avoir l’esprit ouvert, parce qu’on ne trouve pas beaucoup ce genre de crews à New York. Et Dälek de répondre : Ces gars, même si ce sont des fans typiques de hip-hop, ont effectivement l’esprit grand ouvert. Mais je trouve toujours ça très étrange que la plateforme la plus ouverte d’esprit soit devenue celle à l’esprit le plus fermé. Peut-être à cause de la génération MTV et tout ce qui vient avec ?, questionne Franz. C’est étrange, en effet.

Les échanges continuent quelques instants, pendant lesquels j’apprends qu’en tournée, Dälek est le DJ de service pour les déplacements : Note ça : je suis DJ pour voiture, pour bateaux, pour avions, pour bus, pour hélicoptères, dit-il en riant. Et Franz de terminer la liste : Pour limos, aussi. Pour tout moyen de transport, en fait.

On le sent, le courant passe très bien entre les deux musiciens. Si bien que la collaboration musicale, sur scène, se voit renforcée par ce partage permanent : si la musique se fait aussi pesante et menaçante, c’est très certainement parce que derrière tout ça, chacun contribue, à sa façon, à ériger un monument au nom d’un projet commun dont on risque de parler en (très) bien dès demain et, très certainement, dans les années à venir.


Un compte-rendu du concert de Griots & Gods donné le 22 juin dernier au [Théâtre des Amandiers->http://www.nanterre-amandiers.com], à Nanterre, (qui coproduit la création, avec les [Eurockéennes->http://www.eurockeennes.fr] et l’[Usine->http://www.fusions.ch/usine.html] de Genève), est disponible sur [metalorgie.com->http://www.metalorgie.com/metal/live_report.php ?id=281].

Ici, deux extraits live du concert :

Photo par [Grebrepuk->http://grebrepuk.indepnet.org/index.php].

Portfolio

Voir en ligne : Griots & Gods @ Dour Festival