Holopaw // Quiet+/Or Fight
Sub Pop Records
samedi 26 mai 2007, par
Avec une musique qui cherche sa place dans un ciel avec beaucoup de nuages, Holopaw n’avait aucune chance de figurer dans le peloton de tête de l’écurie Sub Pop. Peu importe, on a toujours préféré les rêveurs aux bêtes de compétition.
Et pour rester dans le domaine des métaphores météorologistes faciles, on pensera à ces cieux qu’affectionnent les rêveurs et tous ceux pour qui se coucher dans l’herbe le nez en l’air vaut bien toutes les activités "utiles" de l’existence, à la fois lumineux et changeants, chargés et ouverts, qui donnent une réelle impression de beau temps tout en réservant la possibilité d’une légère mais impromptue averse.
Dans Quiet+/Or Fight, les rares ondées (ou combats) ne sont pas de notes ou de décibels, ces 11 chansons ont au mieux la force caressante d’une petite brise marine, mais de larmes, savamment contenues et donc échappées par dépit et non par calcul. La surenchère émotionnelle et ses torrents d’affects libérés sans pudeur n’ont pas lieu d’être chez ces 6 (?) Américains, et c’est bien mieux ainsi.
Dans Holopaw, on a parfois l’impression d’avoir (re)trouvé un petit frère lunatique ou un cousin de Connor Oberst (Bright Eyes) féru de deltaplane. Les voix y sont chevrotantes et plaintives mais ici aussi, on est touché et on n’a pas envie de multiplier les pains (dans la g***) pour leur dire d’aller se (faire) réveiller ailleurs. Parce le bonhomme et sa clique (on ne sait trop qui fait quoi dans ce groupe), veillent au grain question pathos, que de leur tristesse et de leur mélancolie, ils ont fait des rampes de lancement qui pointent vers les sommets et la voûte céleste par-dessus, et qu’en cas de mauvais temps, les loges où patienter offrent déjà un avant-goût "du monde au-delà des nuages".
Un disque hors-champ (pas de bluette facile ni d’extravagance visible, qui se devine autant qu’il s’écoute), hors-temps (bien que les 70’s pointent le bout de leur orgue sur "Holiday" et "Clearing") et hors contexte (si "indie" et à la fois "traditionnel" au sens Byrdsien du terme).
Qui n’a pas pris une ride depuis sa sortie il y presque deux ans.
Voir en ligne : Holopaw