Joe Lally - interview

mercredi 27 juin 2007, par Frederic

Fugazi n’a jamais fait dans le conventionnel. Ce groupe désormais mythique a toujours sué rage et coups de sang pour faire passer ce qui leur tenait le plus à cœur : la musique. Composé de quatre musiciens hors normes (Ian MacKay, Guy Picciotto, Brendan Canty et Joe Lally), Fugazi a creusé une route entre fossés et nids de poules sur laquelle s’est engouffrée toute une génération dite "hardcore", nouée de cris rauques et de violence urbaine. Mais Fugazi n’aurait jamais marqué autant d’esprits si les musiciens derrière le groupe n’avaient pas été aussi charismatiques (et souvent même contre leur volonté). Si Ian MacKay est certainement celui dont le nom se transmet le plus (notamment par cette "philosophie" Straight Edge qui l’anime), Joe Lally est plutôt le petit dernier, celui dont on parle un peu moins, le Geert Verheyen du groupe diraient certains, celui qui est toujours là pour servir les intérêts communs, mais reste plus que jamais intègre par rapport à lui-même et par rapport aux autres, du moment qu’ils travaillent tous sous la même impulsion.

There to Here, ainsi que sa venue à Dour (après son sobre concert au Recyclart, à Bruxelles), sont deux occasions pour discuter (par mail) de son nouveau projet, six ans après la sortie du dernier album de Fugazi, The Argument.

Six ans donc après la dernière véritable contribution de Lally pour son groupe, le bassiste dépose enfin une première gerbe en solitaire au pied d’un monument qui, pour tout marquant qu’il soit, reste néanmoins encore incertain. J’ai passé beaucoup de temps à écouter ce que j’écrivais et à essayer de comprendre comment je voulais le présenter. J’avais déjà écrit pas mal de choses deux ans avant l’enregistrement, mais je ne savais pas comment ajouter les lignes de basse aux mélodies que je chantais. Avec Fugazi, on a toujours écrit la musique en premier et puis seulement les mélodies vocales. Ces chansons me sont venues dans l’autre sens et je devais d’abord me sentir à l’aise avec cette nouvelle approche de l’écriture. Une approche somme toute minimaliste et par moments casse-gueule, à en juger la raucité du résultat ? Comme je l’ai dit, les chansons me sont venues en premier. J’ai essayé de respecter ce son que j’entendais dans ma tête. Je ne pense pas être le premier à composer de cette manière. Et puis si tu ne prends aucun risque, comment veux-tu arriver à quelque chose de nouveau ?

There to Here rassemble plusieurs personnalités importantes de l’entourage musical de Lally. Notamment Guy Picciotto et Ian MacKay, deux de ses anciens frères d’armes au sein de Fugazi. Je leur ai demandé s’ils pouvaient jouer sur un ou deux morceaux et par chance, ils étaient justement en ville pour le faire. C’est toujours chouette de travailler avec Ian et Guy. Etonnamment cependant, Joe joue ses concerts accompagnés de Italiens déjantés de Zu et on pourrait se demander pourquoi il ne pas tourne avec ceux qui ont participé plus activement à l’élaboration de l’album. L’album devait servir de ligne directrice pour quiconque le jouerait en live avec moi. De nouveau, c’est la manière dont la musique m’est venue, incomplète. Je me suis focalisé sur un noyau qui pourrait rester stable, peu importe ce qu’on y ajoute. C’est exactement le rôle que je me voyais jouer au sein de Fugazi. Et la tournée de se dérouler sans encombre musicale… Ça se passe très bien parce qu’ils [Zu, ndlr] sont d’abord des amis. J’ai booké les concerts avec eux avant même de les avoir vus jouer. Je sentais que c’était des gens bien et j’étais persuadé que l’accueil serait bon. Le premier concert qu’on a fait à Londres, c’était la première fois que je les voyais jouer leurs morceaux.

Mais l’album ne respire évidemment pas que de musique et les paroles écrites par Lally, premières donc dans la composition de ses morceaux, restent l’assise même d’un message qui ne se limite pas pour autant aux seules déceptions qu’a eue Lally ces dernières années. Cela serait trop limité. A moins de dire que la pensée humaine elle-même puisse être décevante, précise-t-il. Les différents thèmes se voient alors soulignés par les photographies qui recouvrent la pochette. Toutes les photos sont de ma copine, Antonia Tricarico. J’ai passé beaucoup de temps avec ses images autour de moi et j’ai remarqué la relation entre ce que nous faisions. Je veux communiquer mon expérience de la vie en société et elle montre l’expérience de vie des gens. Les gens, qui restent finalement, et de loin, les figures les plus importantes derrière ce "Here" (ici) et "here" (là-bas). [C’est (Here et There, ndlr)] l’Italie, les USA (même si bientôt cela sera le contraire puisque je vais déménager à Rome), Fugazi, mon projet solo. Le passé, le présent. Ce qu’on pense vouloir et ce que nous sommes. L’enfance, l’âge mûr… Et tu peux ajouter tes propres idées. Les paroles viennent d’elles-mêmes. Je ne veux pas répéter tout le temps la même chose, mais ça parlera toujours d’un ou l’autre aspect de notre expérience en tant qu’humain, non ? J’espère que la musique évoluera. Mais c’est plus difficile de juger quand on compose tout seul.

J’apprends aujourd’hui l’annulation de la tournée prévue au Japon, notamment pour cause de problèmes familiaux. Sur son site, Joe reste honnête avec son public et en explique brièvement la raison (la mort de son père), tout en espérant pouvoir reporter ces dates dès que possible. Pour l’instant, aucune annulation n’est à signaler pour les autres dates.

Portfolio

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