Concert

Jóhann Jóhannsson (Kitchen Motors - Etoiles polaires)

au Vooruit (Gand)

lundi 20 novembre 2006, par Frederic

C’était hier et c’était très beau.

Le Vooruit s’ouvre à moi pour la première fois de ma vie.

Je pénètre l’enceinte, la salle est très belle.

Deux groupes se succèdent. Kira Kira est tout mignonne, avec ses constructions irrégulières. C’est tout délicat et puis, parfois, elle y met quelque chose comme un beat et on ne sait plus trop pourquoi on est là. Tout le monde est assis et apprécie. Juste après, c’est à ce moment-là qu’arrive Hildur Guldnadottir, qui a, entre autres, collaboré avec Múm et Pan Sonic. Ici, à défaut d’être moins beau, c’est surtout très soporifique. La demoiselle superpose les couches de violoncelle. C’est assez abstrait, ça touche ou pas. Pour ma part, ça m’a un peu endormi, mais en même temps, c’était très bien. Comme si elle m’avait bercé.

Et puis c’est la pause.

Et puis le voilà. Le monsieur. Jóhann Jóhannsson. Il vient présenter son dernier travail. IBM 1401, a user’s manual, dont je vous ai déjà parlé il y a quelques temps. Si cette composition est très belle, le concert commence plutôt "sur les chapeaux de roues", si on peut dire ça comme ça. Jóhannsson ouvre sur un morceau relativement "classique", très post rock, avec une belle montée. C’est beau, c’est efficace, mais je ne m’attends pas du tout à cela. J’attendais un travail de silence, comme sur l’album. Je l’avoue, je suis assez décontenancé. Elena est à côté de moi et elle rentre directement dedans. Je vois déjà les étoiles dans ses yeux. Et puis tout avance et je rentre moi-même peu à peu dans ce monde tissé d’informatique, de lyrisme et d’humanité. C’est très étrange. Et si j’y rentre, d’ailleurs, c’est d’abord par ce percussionniste électronique. Ses rythmiques sont simples, hypnotisantes et tellement discrètes. C’est impressionnant. Le quatuor à cordes qui est là, sur la droite, joue sobrement. Tout est là et tout est calculé à la moindre seconde, au moindre geste. Jóhannsson, surtout, est impressionnant de sobriété. Si on ne lui prête aucune attention, on a l’impression qu’il ne bouge pas. Puis on le regarde et on voit, ici et là, ses mains flotter sur le clavier, le piano ou son ordinateur. L’homme est humble, à l’image du concert. Il nous offre du lyrisme humain et ça me touche profondément.

Rarement artiste a touché avec autant de propreté, de précision et de personnalité.

Mélanger l’électronique, l’informatique et la chaleur des cordes n’est jamais chose aisée. Jóhann Jóhannsson lance le pari et le remporte haut la main, se plaçant directement dans des sommets que rares, c’est certain, pourront atteindre.

Tout simplement Jóhannsson.

Voir en ligne : http://www.ausersmanual.com

P.-S.

Le concert se joue à nouveau ce soir, lundi 20 novembre, au Stuk (Leuven.) Amplement conseillé.

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