BIFFF , le 5 avril 2007
Jour I : Soirée d’ouverture très aware
Sunshine, de Danny Boyle
mercredi 11 avril 2007, par
C’est donc gonflé à bloc qu’on arrive à Tour & Taxis, très curieux de voir ce que l’équipe du festival a réussi à tirer de ce nouvel endroit. A première vue, c’est plutôt charmant : nettement moins étriqué que le passage 44, avec une esthétique industrielle un peu glauque (T&T, ce n’est jamais que de grands hangars, hein…) qui colle bien aux sculptures squelettiques et aux œuvres d’art apocalyptiques de rigueur. On déchante toutefois un peu au fil des tracas qui s’ensuivent : problèmes techniques à la caisse, fouille très très serrée à l’entrée pour cause d’exigences sécuritaires de la Fox (puisque c’est la deuxième fois que le film est montré), attente interminable, défilé des créatures Blue Art presque raté (puisqu’il se déroulait dans le hall d’entrée bondé et impatient), et quasi-scandale quand le public peut enfin pénétrer dans la salle (1200 places) et qu’il n’y a presque pas assez de place pour tout le monde. Une accumulation chaotique de désagrément qui montre que le BIFFF n’est probablement pas un modèle d’organisation et qu’il faudra un temps avant de s’adapter parfaitement au nouveau lieu.
Mais tout est pardonné quand arrive l’invité d’honneur, ce bon vieux Jean-Claude Vandamme toujours aussi à la masse, qui ne répondra malheureusement pas à la demande pressante du public de lui interpréter une chanson. Ledit public n’hésitera pas ensuite à rudement chahuter les discours d’ouverture – long ânonnement de remerciements – comme quoi personne n’est à l’abri, même les organisateurs du festival.
Place, enfin, au film, ce Sunshine de Danny Boyle qui suscitait tant de précaution de la part des agents de la sécurité. Ça se présente comme un film de science-fiction qui obéit en tous points aux lois du genre : mission dangereuse vers le soleil pour sauver l’humanité, sacrifices héroïques, emmerdes pas prévues, petites lâchetés, et chaos final virant au bon vieux suicide collectif. Là dedans, Danny Boyle arrive à placer une bonne moitié de scènes visuellement magnifiques (pour peu qu’on aime les vaisseaux spatiaux, l’espace très noir et le soleil très éclatant, bien sûr), quelques bons moments d’angoisse, et pas mal de n’importe quoi… Mais c’est bien le propre de la SF d’essayer de nous faire croire qu’il suffit de s’emballer dans un peu d’aluminium pour survivre à -270°, que tous les astrophysiciens ont vingt-trois ans et sont super canons, ou que les bras humains s’arrachent sans problème quand on tire un peu dessus. N’importe quel spectateur sait bien que tout ce cirque, c’est pour le plaisir de montrer des tendons qui se déchirent en technicolor, ou de filmer Cillian Murphy sous tous les angles (Boyle doit être un rien amoureux, pour s’attarder comme ça sur le moindre battement de cil ou froncement de nez mutin). Bref, ça fait partie du petit jeu, et au final, on ne crie pas au génie mais on passe un bon moment. Difficile, toutefois, de distinguer si c’est grâce aux qualités intrinsèques du film, ou plutôt aux bonnes blagues beuglées par un public en pleine forme. Parce qu’au bout du compte, s’il y en a un qui ne déçoit jamais, c’est bien lui.