BIFFF, le 9 avril 2007

Jour V : les amours macabres d’un grand dadais timide

Roman, d’Angela Bettis

jeudi 12 avril 2007, par elea

Charmante historiette des amours en pièces détachées d’un grand dadais timide, Roman est le deuxième essai du tandem Lucky McKee/Angela Bettis. Le duo était déjà responsable du remarqué May, mais échange ici les rôles : Bettis derrière la caméra et McKee comme acteur principal, le tout avec la même économie de moyens – quelques modestes ficelles.

Le résultat forme une improbable histoire d’amour morbide mais pleine de tendresse. Contradictoire, comme l’interaction entre les deux personnages centraux : un ouvrier sidérurgiste tellement maladroit qu’il tue la première fille qui a la bonne idée de s’intéresser à lui, et sa voisine fantasque, artiste pétulante toujours déguisée en elfe des bois. C’est filmé avec la poésie un peu terne du quotidien, un poil surréaliste mais terriblement crédible, comme si telle ou telle jolie image n’était là que par accident, captée par une caméra amateur qui tournerait là sans vraiment faire attention. Tour à tour contemplatif et cocasse (tous les dimanche, le gars emmène des morceaux de son ex en pique-nique. Parfois un pied, parfois une main…), le film se déroule de manière assez hypnotique. L’impression est renforcée par une utilisation assez inhabituelle de la musique : Bettis enchaîne les morceaux de rock indé vaporeux de manière assez anarchique, les laissant bavarder à la place de son personnage taiseux.

Séduit par cet objet cinématographique à la fois grotesque et éthéré, on espère juste qu’il bénéficiera d’une distribution digne de ce nom.

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