Il nous souffle un vent frais et engageant en provenance du pays du soleil levant. Depuis que Mono a dépoussiéré les tables basses combles de bouteilles vides de saké, la jeunesse tokyoïte se rend compte de sa prestance et que elle aussi peut jouir d’une renommée internationale à côté des précités ou autres post-rockeurs à la Miaou (dont le split avec Below The Sea, passé quelque peu inaperçu, ne manquait pas de couleurs…) Si nous restons cependant ici dans le post-rock / math-rock le plus traditionnel, on ne manquera pas de souligner la qualité évidente des deux groupes suivants.
LITE->http://lite-web.com/], dans un premier temps, dont la deuxième production, Filmlets, me pose un léger problème de conscience : en effet, peut-on présenter un album au graphisme douteux et faire de la bonne musique ? La réponse est oui, à mon grand étonnement. Car l’abord de l’album ne donne aucune envie de s’enfoncer dans la musique du groupe : des photomontages grossiers tentent en vain d’illustrer une atmosphère lourde et sombre, mais ne parviennent, au mieux, qu’à faire rire d’eux. L’album une fois enfourné, cependant, c’est dans l’hystérie même d’un math-rock brillamment exécuté que je me plonge. Contemporary Disease, après une brève introduction, nous mène directement par le bout du nez à travers des breaks où le silence se fait clair-obscur et où les guitares imposent d’emblée leur lyrisme tout particulier. Le groupe se montre également sous un jour plus calme et Re nous apaise en réminiscence de mes chers Redneck Manifesto. Les guitares s’en rapprochent quelque peu, mais gardent un rythmique bien à elles et la basse, discrète, dirige le tout de main de maître.
Z->http://www.unproducts.com/grokplastique], ensuite, né des cendres de There Is A Light That Never Goes Out, groupe punk japonais ayant remporté un certain succès national, et au graphisme autrement plus engageant. Le groupe aligne six morceaux à travers lesquels Shellac rencontre sous les meilleurs spots le gratin de l’internationale post-rock, sans pour autant sombrer dans les clichés maintes fois écumés à la Explosions in the Sky meet Mogwai feat. Silver Mount Zion & Tortoise in the same bed. Le tout à la sauce soja(zz) et relevé d’un saxophone belliqueux qui, malheureusement, finit parfois par irriter l’auditeur de ses complaintes stridentes. On pense évidemment à Zu, mais la comparaison s’arrêtera aux élucubrations irrationnelles de l’instrument de Dinant. Du reste, Mikabe se décline derrière des structures prégnantes tantôt longilignes, tantôt beaucoup plus déstructurées et abstraites. Les cris de Jun Nemoto, irradiant la société nippone de ses impasses les plus dangereuses, font face aux "grosses" guitares que le groupe n’hésite pas à faire rugir. Il en serait d’ailleurs déjà au rang de "phénomène live underground" en son pays.
Rien à redire, ces deux nouveaux venus aux cordes bridées et batteries bourrées à l’alcool de riz risquent fort de faire parler d’eux dans les mois qui viennent. On soulignera ainsi le flair du label anglais Transduction qui s’essaye ainsi à deux coups de sang des plus douloureusement délicieux.
En cadeau, deux liens vers des vidéos promos des groupes :
pour LITE, c’est par [ici->http://www.transductionrecords.com/lite/humangift.html], et pour [Z->http://www.transductionrecords.com/z/gohyaku_manyen.html], par là.