au Théâtre national

Lia Rodrigues // Incarnat

danse

dimanche 4 février 2007, par Frederic

Dans le cadre du Festival de Liège, la chorégraphe brésilienne Lia Rodrigues présente sa nouvelle création, Incarnat, qui, si elle semble par moments ardue, n’en reste pas moins intéressante. Neuf danseurs/acteurs défilent ainsi sur le plateau du Théâtre national, à Bruxelles, et nous présentent tour à tour différents tableaux, illustrant tantôt la souffrance, la folie, la naissance, l’envie ou toute autre sensation/douleur liée à la couleur rouge, ou plutôt : incarnat. Thème récurrent de toute la soirée, cette couleur viendra ponctuer quelques scènes de purée de tomates éclatant de toute leur chair. Ces quelques tableaux à l’illustration parfois très belle sont entrecoupés de rares pas de danse qui, pour leur part, ne soulèvent que peu d’intérêt. La chorégraphe, si elle s’en était tenue aux quelques scènes plus théâtrales, aurait certainement atteint plus d’impact qu’avec les pas "légers" qu’elle impose à sa création.

Les danseurs (quatre hommes et cinq femmes), de leur côté, sont impeccables. La cohésion du groupe est on ne peut plus forte, malgré la forme de représentation choisie ; les scènes solitaires ne parviennent ainsi pas à briser un esprit très fort, créé, on l’imagine, entre les danseurs lors de leur préparation du spectacle : ils s’étaient en effet retrouvés dans un hangar perdu en pleine campagne brésilienne ; hangar qu’ils ont dû entièrement rénover avant de pouvoir penser y répéter ou y dormir. On imagine également que les rencontres avec les autochtones auront marqué leur jeu, par moments fort surprenant.

Une autre force d’Incarnat réside dans l’absence totale de musique : la seule "mélodie" qu’on pourrait retrouver étant finalement les pas lourds des danseurs, accompagnés de leur respiration ou cris. Ce silence confère à l’ensemble un caractère direct qui ne manquera cependant pas d’alourdir certaines scènes. De même, les danses plus lentes (et je pense à ce mime de la chute) enlisent le spectacle dans un ennui qui ne s’effacent que par l’intervention d’un nouvel acteur, parfois bien tardive.

Inspiré par le livre Devant la douleur des autres de Susan Sontag, Incarnat n’est certainement pas la pièce de l’année. C’est bien clair. Mais les questions que la création soulève n’en sont pas moins proches de nos esprits occidentaux. Et toute cette vague de rouge ne manquera pas de nous sauter aux yeux comme un cri à la gorge de quiconque n’ose plus regarder la vérité en face.

Voir en ligne : http://www.theatrenational.be/event...

P.-S.

Photo : Agathe Poupeney - PhotoScene.fr

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