Litlle Children

Todd Field

mardi 3 avril 2007, par Marika

"Little children", avant toutes narrations intimes, dépeint le portrait d’une banlieue pavillonnaire de la côte est des Etats-Unis. Banlieue proprette et tranquille peuplée d’une kyrielle de desperate housewifes, d’enfants rois, d’ados trop cools qui skatent jour et nuit. Comme on dit, le mari parti, les souris dansent. Le quartier de "Little children" n’a pas d’autre allure que celle d’une garderie géante pour tous les exclus de la vie active.

Parmi tout ce petit monde, résident, malgré tout, quelques spécimens plus rares. Une femme parfaite (Jennifer Connely), en deux mots : belle et active. Seulement voilà, trop de perfection étouffe, Blier nous l’avait déjà savamment démontré avec Trop belle pour toi. Et Brad, le mari mais aussi, cela dit en passant, LE beau gosse du quartier, l’objet de fantasmes de toutes ses voisines, se retrouve, malgré son potentiel, à n’être qu’un "homme-enfant" nostalgique et castré. Autre perle rare : Sarah (Kate Winslet), mère au foyer mais apparemment d’une autre trempe que ses copines de plaine de jeux. Après un parcours universitaire, Sarah s’est retrouvée dans une vie morne et étriquée où rien ne semble lui correspondre, ni sa maison, ni son mari, ni même sa fille. Inutile de dire que quand les chemins de Brad et de Sarah se croisent ça ne peut faire que des étincelles ! Enfin, pour pimenter le tout, Todd Field a ajouté à son histoire le personnage d’un pédophile fraîchement sorti de prison et retourné vivre dans les jupes de sa maman.

Les deux grandes ambitions de Little children sont les suivantes. La première est l’approche unanimiste des personnages de Brad et de Sarah. On ne suit pas au corps leur histoire adultérine car Field l’inscrit dans un champ bien plus large que celui de l’intimité, leur histoire se définit par et à travers leurs rapports sociaux (famille, voisins, skatteurs, pédophile). La seconde caractéristique de ce film se traduit par la volonté de dépeindre (et non de peindre) les dessous de l’Amérique moyenne à travers des personnages et des évènements de tous les jours.

Des envies cinématographiques qui nous renvoient directement à au moins trois grands réalisateurs américains que sont Robert Altman, Sam Mendes et Todd Solondz. On peut déceler dans "Little children" l’influence de ces réalisateurs parfois même jusque dans la précision des choix esthétiques de Field : une voix off narratrice désabusée comme celle d’"American Beauty", des personnages un rien trashy tant ils sont minables comme ceux de "Happiness" (y compris la figure du pédophile), des mouvements de grues et des travellings incroyables dont seul Altman, jusque-là, semblait détenir le secret. Enfin, là où Field rejoint le plus intimement ses trois prédécesseurs, c’est dans le regard d’entomologiste qu’il pose sur ce qu’il filme. C’est cette vision "d’en haut" qui observe ses personnages interagir dans un vase clos.

Voilà bien des références et des parallèles prestigieux. Field est, sans aucun doute, très ambitieux mais il est aussi encore très jeune et n’arrive pas vraiment à égaler ses "pères". Il réussit beaucoup de ses séquences avec talent, ses comédiens sont bons et attachants, mais lorsqu’il conclut son histoire et nous donne enfin à comprendre le sens profond de son film, il semble trouble et difficile à recevoir pour le spectateur. Field nous demande d’être en empathie avec Brad et Sarah pendant deux longues heures pour, in fine, les juger sévèrement genre "ce ne sont que des enfants, ils ne comprennent rien à la vie". Pourquoi Field se détache ainsi de son histoire ? Pourquoi ressent-il le besoin de finir son film en castrant tous ses personnages ? Field explique que le sujet central de son film c’est le matriarcat. En cela, c’est sûr, "Little children" est une exception. En effet, il est rare de voir un film sur le matriarcat ou même plus modestement sur le rapport mère-enfants, qui respire autant la testostérone !

"Little children" n’est pas exempt de qualités mais il est loin d’être le chef d’œuvre que son réalisateur s’imagine. Il serait peut-être bénéfique que Field retienne également de ses trois prédecesseurs favoris l’humilité et surtout l’amour de ses personnages quels qu’ils soient.

Voir en ligne : Little Children

Rubriques

Dans la même rubrique