Lonah // EP Fly 2 Me
Autoproduction
samedi 27 octobre 2007, par
Omniprésents sur le web, les Français de Lonah prennent tout leur temps avant de s’aventurer, bardés d’idées et de projets, du côté de la vie concrète.
Offrez Lonah à votre moteur de recherche et il n’aura que l’embarras du choix. Quand j’ai feuilleté l’élégant dossier de presse, je me crus revenu à la turbulente époque de mes collaborations écrites au sein des arcanes tortueux de la presse dite institutionnelle. Autre indice de traitement journalistique préférentiel devenu exception, cet EP compilatif ("Fly Me"), qui chronologiquement s’intercale entre un premier disque téléchargeable ("Pièces" dont certains titres sont repris ici) disponible dès 2004 et un second ("Au fond du Temps") paru en 2007, n’apparaît pas dans leur discographie officielle. Lonah fait par contre feu de tout bois dans les alentours immédiats de sa sphère d’investigation sonore ; graphismes (dessins, peintures, esquisses) et visuels soignés, textes à disposition, photos (parfois retravaillées) sélectionnées, vidéos et installations en support des concerts, rares mais joliment annoncés, les Parisiens font primer la question de (la construction de) l’identité sur celle de l’efficacité. Une quasi-anomalie dans le monde "efficient" d’aujourd’hui.
Les espaces musicaux visités par Lonah se glissent entre une électronique contemplative et cinématique, peuplée d’éléments organiques mouvants, un trip hop alangui repu de jazz et une pop francophile éprise de musicalité anglo-saxonne (la voix comme élément sonore à part entière) et de poésie. Dans "Masha riait aux Ange", Lonah plonge le texte du même nom de Paul Eluard dans des climats synthétiques et dérivants, réalisant là sans trop le savoir le phantasme d’une chanson enfin audible de Mylène Farmer. "Keep Walking" traque l’ombre d’une Martina Topley-Bird en visite chez le sémillant Barry Adamson et "Visage d’ébène" fait sortir Emilie Simon de sa maison de poupées.
Ce 8 titres donne un aperçu (puisqu’un album est venu ensuite) succinct mais suffisamment éclairant du travail de Lonah dont le délicat talon d’Achille, la voix de sa chanteuse, Raphaëlle Fortier, a bien du mal ne pas dévaler ventre à terre les pentes invisibles mais meurtrières qui séparent la délicatesse de la mièvrerie, le précieux de la préciosité, le domaine peu accessible du joli du hangar de la joliesse. Le petit quelque chose ou petit plus qui fait la différence entre (feu ?) Laïka, Pram ou Broadcast des milliers de groupes electro-pop à chanteuse triste.
Une petite collaboration avec les voisines de Konki Duet pour corriger le tir ?
PS : la photo est celle du second album "Pièces".
Voir en ligne : Lonah