du polar noir, noir, noir.
Mickey Spillane
vendredi 5 janvier 2007, par
"I palmed that short nosed .32 and laid it across his cheek with a crack that split the flesh open. He rocked back into his chair with his mouth hanging, drooling blood and saliva over his chin. I sat there smiling, but nothing was funny." [extrait de Vengeance is mine]
Je ne suis pas une lectrice assidue des rubriques nécrologiques, c’est même une page de mon canard que j’ai tendance à zapper sans réfléchir, et pourtant, c’est au détour d’une de ces colonnes lugubres que j’ai fait la connaissance de Mickey Spillane. Peut-être que son nom me disait quelque chose, ou que mon instinct me criait qu’il y avait là tout un pan de ma culture polar à combler... En tout cas, voilà un endroit de rencontre que cet écrivain sulfureux aurait apprécié – articulet à la fois classieux et mal famé, où tous les humains se retrouvent finalement à égalité.
L’auteur mort, son œuvre reste-t-elle bien vivante ? Ma curiosité piquée à vif par l’éloge tout en clair-obscur fait du bonhomme, j’ai immédiatement tenté de dénicher ses bouquins, parait-il plutôt connus. En ce qui concerne les traductions françaises, ce fut une quête impossible : certaines existent, mais sont généralement épuisées, et mon petit doigt me dit qu’elles ne doivent pas être de grande qualité – comme c’est le cas de beaucoup de romans noirs américains des années 50, traduits avec désinvolture ou trop de liberté. Heureusement, j’ai trouvé sans peine une réédition américaine, un bon gros volume rassemblant les trois premières aventures de Mike Hammer, le privé fétiche de Spillane : I, the jury (1947), My gun is quick (1950) et Vengeance is mine (1950) – titres qui ont quand même un peu plus d’allure que les J’aurai ta peau et autres francisations absurdes.
La sensation éprouvée en lisant du Spillane pour la première fois est carrément jouissive. C’est à la fois excessivement familier, puisque tous les éléments mille fois ressassés du polar hard-boiled s’y trouvent (et c’est normal, puisque c’est là, entre autres, qu’ils ont été inventés), mais on découvre le plaisir intense d’enfin savourer le vrai, l’original, là où on était habitué aux succédanés. Ecrites aujourd’hui, ces histoires de détective dur-à-cuire qui tombe les poulettes, flingue les méchants pour des motifs éminemment personnels, et encaisse les coups mieux que quiconque, ressembleraient à une (mauvaise) parodie. Mais là, il y a un parfum captivant d’authenticité crapuleuse, du glamour et de l’angoisse comme on n’en invente plus. Ça tient en grande partie au style de Spillane : sec, acéré, sans fioriture. Tout est écrit à la première personne, et il ne faut pas le moindre effort d’imagination pour entendre la grosse voix de Mike Hammer vous susurrer ses turpitudes à l’oreille.
Evidemment, il s’agit de littérature de genre, avec les exagérations et les excès que cela comporte presque toujours. Ainsi, on pourra comprendre que certains se sentent repoussés par ce héros misogyne, violent et homophobe... Mais les amateurs apprécieront la manière dont Spillane crée et manipule les codes enfumés et imbibés du polar, encore fantasmés aujourd’hui, avec la même hargne depuis la première ligne haletante jusqu’à la fin choc.