[|Red Sparowes, Made Out Of Babies et Battle Of Mice. Le triptyque, répondant au doux nom de Triad, annonce d’emblée la couleur, à travers, notamment, deux titres live des moineaux rouges. Deux morceaux tirés du premier album et qui marquent toute leur étendue dans cette dimension live qui leur colle si bien aux cordes. Puis ce sont ces deux titres de MOOB et de BOM. Dérangeants, crus et subtils. L’eau m’en vient déjà à la bouche.
Quelques semaines plus tard, les voilà enfin, ces nouveautés tant attendues. Coward, deuxième opus de MOOB, suivi de A Day Of Nights, premier lancé de BOM. Le tout s’accompagne de la nouvelle sortie du meilleur représentant du label ricain, mais cette fois sorti sous l’étiquette Patton (Ipecac) : Isis dépose son In The Absence Of Truth et plus rien ne sera jamais comme avant.
[|[Made Out Of Babies|Made Out Of Babiesfr->http://www.madeoutofbabies.com/], d’abord. Certes, ni le titre de l’album (« Couillon » en français) ni sa pochette (un enfant battu et couvert d’ecchymoses) n’invitent à l’écoute. Pourtant, on ne peut s’empêcher de ressentir ce plaisir malsain de la curiosité déplacée. On ouvre donc l’album et on met le tout bien en place, au fond de la stéréo. Et on s’éclate les oreilles. Un cri de Julie Christmas donne directement la même impression provoquée par le titre et la photo en couverture. On pourrait prendre peur, on prend peur, d’ailleurs, mais on reste là, tétanisé, accroché au divan et, déjà, à chercher du regard tout support émotionnel susceptible de nous soutenir dans cette traversée épineuse qui s’annonce longue et difficile. La musique intervient, soutient les délires de Miss Christmas et enfonce une nouvelle fois le clou d’un spectacle grandiloquent de violence. L’album, encensé par les critiques, mérite mille fois ces cris du cœur. Mère Noël fait ses gammes vocales à coup de couteau sous la gorge et on craint l’éventuelle rencontre avec cette dame qu’on ne peut imagine de cœur. Une sorte de furie passionnelle et haineuse (les deux ne vont-ils d’ailleurs pas souvent ensemble ?) qui est poussée à son stade ultime sur l’album de Battle Of Mice.
[|[Battle Of Mice|Battle Of Micefr->http://www.battleofmice.com/], justement. Un de ces derniers « super groupes », ceux-là composé de X qui fait partie de Y, accompagné de Z qui a chanté avec B sur A. Enfin, vous voyez ce que je veux dire. Sauf qu’ici, le groupe, c’est d’abord une passion. Celle qui a éclaté entre Josh Graham (Red Sparowes, Neurosis) et Julie Christmas (Made Out Of Babies). A Day Of Nights n’est ainsi que le reflet de leur relation à distance, tumultueuse, violente et, avant tout, passionnelle. Tout cela se ressent dans un album cousu, du début à la fin, par cette soif agressive d’amour reconnu. Tout est cri, pleur, voyage jusqu’au bout de la nuit. Les titres s’enfoncent, petit à petit, dans une obscurité profonde. Leur ordre de présentation sur l’album reflète celui d’enregistrement. Et la pression monte à chaque seconde pour terminer sur les deux apothéoses apocalyptiques que constituent At The Base Of The Giant’s Throat (et cet appel aux urgences où on reconnaît, hystérique, la voix de Julie qui, jamais ne répond à notre curiosité) et Cave Of Spleen, enregistrés séparément par un couple fusionnel qui ne pouvait plus se supporter. De ce mariage « de force » ressortent brillamment tout ce que Red Sparowes et Made Out Of Babies nous ont présentés de meilleur : grandeur, décadence, gravité, noirceur et goût prononcé pour le vitriol. La musique suinte l’acte amoureux, les dos reluisant l’acte violent. Une parfaite BO, en somme, pour une soirée en amoureux loin de toute convention romantico-platonicienne. Certainement un album majeur pour cette année et celles à venir.
[|[Isis|Isisfr->http://www.isistheband.com] vient clore magnifiquement l’année lourde avec In The Absence Of Truth. Pour sûr qu’avec un titre pareil, on ne s’attend pas à de la pop douce. Les Ricains développent ici de nouveaux paysages en fidèles successeurs de Panopticon. Leur devise reste la même : toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus fort et, surtout, toujours plus lourd. Le résultat se fait entendre (ma voisine du dessus frappe d’ailleurs déjà pour la troisième fois sur le plancher chez elle, plafond chez moi) et nous assourdit de bonheur. Une sorte de délivrance que la voix apporte tant dans ses envolées que dans ses déchirements. Ainsi, Wrist Of Kings ouvre superbement l’album et marque de son empreinte un disque fort et délirant. Le final du morceau nous détache littéralement la chair de poule et la lance en l’air pour mieux lui tirer dessus, à boulets rouges, bien entendu. L’œuf sur la couverture (splendide, soit dit en passant) se voit ainsi lentement écorché à travers les pages de la pochette et telle est bien l’image qui représenterait le mieux cette descente dans les Abymes les plus profondes. Isis se veut plus obscur et fort que jamais et ce n’est pas le son des basses qui me contredira. Tout tremble dans mon appartement, la musique se fait épreuve, sueur et tripes mises à jour. Il me faut couper le cordon ombilico-musical. Je souffre, mais j’aime ça. Je me découvre masochiste et me torture avec délectation dans cette coulée hétéronome à l’homogénéité parfaite. STOP.
En début d’année, Neurot a également produit le projet solo de Mike Gallagher (Isis), Mustard Gas & Roses. En voici la chronique, avec quelques semaines de retard (à vrai dire, j’attendais la rédaction de cet article pour la poster…) En outre, le label s’est également payé, cette année, les sorties de Current 93 (qui me reste totalement inconnu), Enablers (encensé en son temps par Yannick), Final 3, qui doit toujours traîner sur les étagères d’un autre chroniqueur, et le dernier Red Sparowes cité ci-dessus et qu’Emil’ s’est fait un plaisir d’écouter. Sa chronique se trouve en fin d’article.
Rien à redire, Neurot est bel et bien un représentant unique de ce qui se fait de plus lourd et délicat à la fois. Vivement 2007 !
[|[MGR|MGRfr->http://www.mgrsounds.com/] - Nova Lux
On aurait pu croire à un drone, oui. On aurait pu croire à des nouvelles lignes de guitare, oui. On aurait pu croire à la répétition jusqu’à satiété, oui.
On aurait pu croire à des ciels lourds et des nuages lourds aussi, plus lourds que le ciel autour.
On n’aurait pas pu croire, par contre, à du gaz de moutarde et à des roses. Et pourtant, tout est là. L’échappée solitaire de Mike Gallagher, par ailleurs membre de Isis, n’a rien de très joyeux. Rien de très léger, non plus. Même si tout cela semble, d’un point de vue strictement instrumental, très léger et pas enveloppé pour un sou.
Cette échappée prend pour point de départ un massacre perpétré par les troupes britanniques sur la ville de Dresde, pendant la deuxième Guerre mondiale ; près de 250 000 personnes y sont décédées. Mais la musique est là et on n’a pas grand chose à rajouter. Gallagher crée des espaces vides et les soumet à la beauté des lumières à travers les nuages. Quelques notes se succèdent et se répètent. Une mémoire est remise à jour et des appels sont lancés. Greg Burns (Red Sparowes) vient déposer une gerbe de pedal steel sous le premier monument. Oktopus (Dälek) rend pour sa part un hommage sous forme de beats sur la stèle numéro quatre. Les invités sont rares, mais leur présence est entendue. La cérémonie est lente. Elle se déroule sous nos oreilles.
Nova Lux est une nouvelle échappée post rock qui ne ressemble plus à du post rock.
Nova Lux ne s’entend pas.
Mustard Gas & Roses prend le pli de l’imprudence. Gallagher s’arrête, éteint le ciel et lance en l’air des pensées magnifiques.
[|[Red Sparowes|Red Sparowesfr->http://www.redsparowes.com/] - Every red heart shines toward the red sun
Il y a presque deux ans, j’assistais au concert de Red Sparowes durant l’excellent festival Rhâââ Lovely. La puissance de leurs chansons m’avait, à l’époque, cloué sur place. Ce At the soundless dawn, profond et mélancolique, offrait des morceaux à rallonge tant sur leurs titres, que sur leur durée. Magnifiques sauf que parfois j’avais trouvé l’étirement un peu long, la durée pas toujours maîtrisée si bien qu’on pouvait décrocher à certains passages.
Alors que j’avais un peu zappé les actualités du groupe, la sortie du nouvel album de Red Sparowes, Every red heart shines toward the red sun, est arrivée pour moi comme la fin de la route qu’on prend pour partir en vacances, content d’être arrivé. A la première écoute, je découvrais des paysages inconnus, j’étais surpris par les différences et les nouveautés sonores. Ce nouvel opus devient parfaitement maître de la durée, raccourcissant de peu les voyages, il les augmente en intensité, en force et en puissance. On retrouve toujours cette mélancolie qui vous prend et ne vous lâche pas. Mais il y a du nouveau.
Le jeu de basse apporte de temps de temps un petit rictus joyeux au milieu de la tourmente. Car cet album est définitivement plus noir que son prédécesseur. Elle se démarque sans vraiment prendre le dessus comme si elle n’aurait jamais le dernier mot sur la tristesse des autres mélodies. La musique de Red Sparowes est grande et quand on s’y laisse aller, on se sent tout petit, mais le côté noir nous inspire toutefois un sentiment de bien-être parfait. En gros, on termine l’écoute avec une banane jusqu’au en s’extasiant sur ce magnifique album qu’on a entre les mains.
Une news postée il y a quelques temps sur la page personnelle de Red Sparowes sur www.neurotrecordings.com annonçait qu’un type avait piraté le site pour s’approprier les ventes d’une édition vinyle limitée sortie prématurément. Quand on connaît l’environnement dans lequel évolue ce genre de musique, on comprend mal les fâcheuses intentions de ce vilain bonhomme.