Nue Propriété
sans artifices
mardi 20 février 2007, par
Joachim Lafosse raconte l’histoire d’une famille éclatée. D’une mère et ses deux fils enfermés dans une relation fusionnelle et possessive. Et montre, une fois de plus, une justesse de ton dans les dialogues qui retourne tout de l’intérieur.
Il y a une tendance en Belgique à crier haut et fort qu’un film est bon dès qu’il est belge. Parce qu’il est belge. Alors, autant prévenir d’emblée, ici, ce n’est pas le cas. Ce film est bon. Simplement. Pas "bon pour un film belge".
Bien sûr la belgitude de Nue propriété est évidente. Parce qu’il est soutenu par Jérémie Renier, habitué des Frères Dardenne, d’abord. Ensuite parce que le réalisateur a poussé l’ironie jusqu’à faire se rencontrer un Flamand et une Wallonne. Et certainement belge point de vue budget, aussi. Mais le Lafosse nouveau a d’autres atouts.
Il aborde un sujet qui serait plus description d’une situation qu’histoire. Et nous plonge dans cette famille qui lutte pour garder la tête haute. Cette famille complètement déséquilibrée où chacun cherche sa place, possédé par les besoins des autres et une recherche de liberté qui semble bien difficile à acquérir. Une situation presque banale qui ne vaudrait pas un film. Et pourtant.
Ses dialogues, par-dessus tout, font mouche. Comme dans Ca rend heureux, découvert cet automne et bien trop peu resté à l’affiche, Joachim Lafosse pose chaque mot l’un après l’autre avec une aisance folle et une pertinence déroutante. Cette justesse du ton se retrouve dans l’image autant que dans les phrases. On voit ce père qui vient, de temps à autre, donne de l’argent, embrasse négligemment, construit une vie qu’il espère plus belle ailleurs, les deux jumeaux qui se chamaillent comme des gosses, cette mère qui essaie une nuisette et demande leur avis à ses fils, ses enfants et pourtant déjà des hommes...
Ensuite son duo d’acteurs. N’en déplaise à Isabelle Huppert (la mère, dans le film), qui a coupé les ponts avec le réalisateur à la fin du tournage, Jérémie et Yannick Renier forment une équipe qui marche. Le côté ténébreux de Yannick, plus calme, plus docile, plus timoré, s’accorde bien avec les lubies de son frère, à l’écran et à la ville. Jérémie crie, se montre, pousse à bout. Thierry, devrais-je dire. Mais l’illusion est si forte qu’on imagine bien les deux frères rentrer chez eux dans la vraie vie et continuer à se disputer.
Bref, Joachim Lafosse, on lui donnerait le bon dieu sans confession. A lui et ses grands yeux qui observent si bien le quotidien.
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