Num9 // The Glow-Worm’s Resistance
Acuarela/Bang !
mercredi 31 octobre 2007, par
Que comprendre dans la traduction littérale "de la résistance du ver luisant" ? Le repli tant domestique qu’artistique opéré par Coque Yturriaga à la dissolution de Migala ? La petite lumière témoin qui brille toujours dans le noir, même absolu ?
On ne reviendra que quelques instants sur la double anomalie Acuarela/Migala. La première, maison de choix (et auberge... espagnole pour maints exilés artistiques) au catalogue raffiné et exempt de faiblesses, et la seconde, quelque chose comme l’alter ego d’un Calexico né en terre européenne.
Si Yturriaga, de même que d’autres membres de l’araignée tueuse (des cœurs ?) – voir le projet El Hijo fondé par l’ex batteur – n’ont pas attendu la mise à mort de l’arachnide (2005) pour vivre d’autres aventures sonores (il participe également à Emak Bakia), Num9 le voit glisser d’un mode opératoire collectif à cette façon si actuelle, et quasi-démiurge, de commettre l’acte musical ; seul ou avec une aide triée sur le volet, ses machines et bidouillages, ses instruments (guitares) et une vision de l’univers qui part d’une singularité.
Sans parler de rupture (grandiose mélancolie) ou de perpétuation par d’autres moyens (essayez ce disque en blind test auprès des fans de Migala), Num9 s’apparente davantage aux premiers pas, encore hésitants d’un homme au sein d’un environnement nouveau, au sortir d’une longue période de réclusion synonyme d’introspection.
Tout dans "The Glow-Worm’s Resistance" évoque ces retraites douillettes, ces édens intimes construits patiemment à l’aide de bouts de soi et où il est si bon de se retirer quand le monde entier se fait tranchant, mais aussi de ces lieux que leur(s) auteur(s) ont voulu accueillants, l’air y est ventilé en toutes saisons, la lumière du jour n’y pas filtrée et les histoires qu’on y entend parlent à chacun dans sa propre langue.
C’est pourquoi les pulsations synthétiques d’une boîte à rythmes qui n’incitent jamais à fouler la piste ("The Dream" narre l’histoire d’un quidam qui refuse de danser en public) voisinent des captations sonores qui ressemblent au bruit de fond d’une TV branchée en permanence sur une chaîne cinéma. Sentiment dominant "The Glow-Worm’s Resistance", le vague-à l’âme demeure partout hermétique à l’infiltration névrotique et permet à Num9 de taquiner la très mince bande de terrain qui séparent l’espace ensoleillé de la zone d’ombre.
Par-dessus le ver luisant, on devine les silhouettes diffuses de ces incurables romantiques qui ont su faire pleurer les machines (Arab Strap, Notwist, Vitesse, The Postal Service, The Magnetic Fields...) sans qu’aucune ne soit tentée d’écraser l’insecte, parfois un brin trop pâlot il est vrai. Un insecte qui pourrait, comme le disent la fable et les lois de la Nature, se transformer la prochaine fois en un magnifique papillon (de nuit ?).
Voir en ligne : Num9