Orange Juice // The Glasgow School
Domino
lundi 17 septembre 2007, par
Dans la série "Second Life" pour de vrai, mon caprice de l’été ! La compile d’un groupe obscur du début des années 80, mais absolument culte et donc indispensable. Sortie en 2005, mais arrivé trop tard et sur la pointe des chaussures (vernies) pour gratifier Franz Ferdinand et consort d’un sportif croc-en-jambe ! Retour à l’envoyeur...
Le soleil et la chaleur aux abonnés absents n’empêcheront pas une douce brise de farniente de dissiper toute velléité de tartinage journalistique intempestif. En gros se limiter au minimum, bien que le jus d’orange dont il est question ici soit né en même tant que le tang (pas les excellents Français/un ersatz de boisson aux fruits... sans fruits) est déjà signalé dans le dico du rock d’un joli marque-page.
Glasgow, à la jonction des 70’s/80’s est une ville moche et grise comme tant d’autres, où la jeunesse se fade dans l’ennui mais où, à la différence notable d’autres cités du Nord des Iles Britanniques, le vent de révolte et de fraîcheur de la révolution punk n’a pas soufflé. Marqués par l’énergie de ceux-ci mais dotés du caractère fondamentalement inassimilable des Ecossais, une bande de blancs becs va redéfinir en temps record les règles de la pop (pré)indé, à moins qu’ils ne l’aient virtuellement inventée !
Joseph K (étrange et insaisissable), Fire Engines (chroniqué dans ce webzine), Aztec Camera, Orange Juice et quelques autres vont préférer les fripes classes (new mods ?) aux vêtements élimés des punks ou sombres des post, l’élégance dandy (coup de poing en option) poussée à son paroxysme (coupe 50’s de rigueur) aux diktats du total look. A ces aménagements cosmétiques, ces beaux jeunes gens ont ajouté un son qui va rapidement devenir indissociable de la mini structure Postcard où sont publiés la majorité de leurs premiers travaux. Un sublime reliquat de romantisme désabusé gagné d’une bouffée d’énergie (héritage77) et même d’un soupçon de moiteur soul (l’Ecosse est friande de musique black) qui se traduit par une panoplie de guitares légères mais têtues et piquantes, des rythmiques sobres et traçantes mais naturellement prédisposées au groove et aux déhanchements, et des chansons qui sans cesse frôlent l’effondrement pour s’élever un peu plus...
La suite de ce mini péplum est connue ; une K7 - nom de code C86 - sortie la même année bat le rappel de la génération à venir (Jesus & Marychain, Pastels Wedding Present, Primal Scream...), perpétuant l’héritage Postcard. Figure de proue d’OJ et candidat rock star, Edwyn Collins décroche le temps d’un single ("A Girl Like You") une éphémère gloire mondiale en 1996. Producteur et touche à tout, ce dernier a été de bon conseil à d’autres natifs du coin dont Franz Ferdinand, future petite merveille de la pop du nouveau millénaire, et qui, beaux joueurs, rendront l’appareil à leurs héros de jeunesse via le label que FF a mis à l’abri du besoin pour des décennies.
"The Glasgow School", sorti sur Domino est l’adition des singles épars parus sur Postcard et du premier album ("Ostrich Churchyard") auxquels a été ajoutée une chute des inépuisables Peel session.
On se pince à la volée en regard de la datation des titres malgré une production minimum syndicale et cette curieuse manie de faire figurer les différentes versions d’un même titre ("Poor Old Soul") l’une après l’autre ! On n’a bien du mal à réfréner le pas de danse qui s’agite dans les guiboles et/ou reprendre pour l’énième fois le listage de sa collection CD et en retracer les lignes de force. Si "Blue Boy" est l’archétype de la british pop song in-transposable sous d’autres latitudes. "Louise Louise", "In A Nutshell" les relie cependant à d’autres parrains "étrangers" tout aussi honorables, The Velvet Underground et Television, alors que "Three Cheers" les place au carrefour temporel des Kinks et de Belle & Sebastian.
Enfin, l’écoute croisée de "Satellite City" et "Blokes On 45" laisse à penser que Liquid Liquid (grand-père de LCD Soudsystem) était dès les premiers tâtonnements disco-punk talonné par un challenger. Il y a des séparations qui surviennent décidément bien trop tôt.
Voir en ligne : Orange Juice