Perverted // Rope Skipping For Fireflies

(+ réédition du 1er album "Dance Music For Dying Soldiers") / Labelman/Bertus

lundi 25 juin 2007, par Yannick

L’an dernier sortait avec la discrétion qui sied à un délit d’initié le 8ème album de Perveted (ex Perveted By Desire). Un secret décidément trop bien gardé pour des vétérans qui méritent bien plus qu’un hommage poli.

Si un jour paraissait un dico bis de l’histoire du rock en Belgique (et donc plutôt de la – sic - Flandre), y aurait un bon paquet de groupes de la zone Nord du royaume qu’on espèrerait voir rehausser à bonne hauteur critique (c’est toujours ça de pris). Deux paquets de boites d’allumettes Vandal X, Flipo Mancini, Hitch ou Portables (et le reste), ça reste infiniment plus dangereux, et donc excitant à manipuler, que trois barils de poudre mouillée (au hasard) Slugs, Binamé et consorts. Et s’il fallait au moins un "premier de cordée" à ces baroudeurs de la dissonance instruite mais séduisante, Perverted, (et des débuts sous le nom de Perverted by Desire) pourrait avoir été, pour paraphraser une célèbre expression publicitaire, et probablement contre son gré, "un générateur de talents".

8 albums au compteur en 20 trop discrètes années avec un arrêt d’activité entre 2000 et 2005, Perverted a été – et c’est un euphémisme - un chantre de la discrétion. Ce qui ne les a pas empêchés de faire ami/ami avec Kramer, une figure haute en couleurs de l’underground de la fin des 80’s (y’en aurait pour des heures) qui publia deux de leurs albums sur son mythique domaine Shimmy Disc.

Enregistré en 2005 à Mantet dans les Pyrénées Françaises (à 80 kilomètres de la gare de Perpignan, le centre du monde selon Dali : dixit la bio) et publié l’année suivante, ce Rope Skipping For Fireflies agrémenté de la réédition de leur premier plaque, Dance Music For Dying Soldiers parue uniquement en LP en 1990, fait entendre un groupe qui semble creuser son sillon à l’écart de l’agitation du cirque rock, avec une constance et une rectitude qui confine à l’obsession. Une veine qui loin de les mener inexorablement à l’asphyxie artistique les installe dans un système d’échanges intérieur/extérieur gagnant. Des raies de lumière affinent le grain de leur rock rugueux et y apportent un sens des contrastes et des nuances comme rarement dans un décor où le noir est couleur. Et au fil du temps, le trio de base a élevé l’hospitalité au rang des bonnes habitudes créatrices. Rien que pour ce disque, un Ancien Aroma Di Amore, un actuel The Ex, une chanteuse fan de James Bond (2M) et on en passe...

Parti d’une new wave glaçante (du Siglo XX pour haltérophiles), cérébrale et enlevée façon Wire ou The Fall, Perverted s’est initié au son d’un rock indépendant et farouche que l’on ne qualifiait pas encore de noisy sans en reprendre les stéréotypes , avant de laisser une (petite) place au spoken word et aussi à sa langue maternelle ("Wolfram 74" tout en sècheresse germanique) et d’introduire quelques éléments d’un concept musical à préciser ou en devenir : le chaloupé raide ("Freedom Of Speech").

Peut être que le talon d’Achille de ces Flamands trop peu reconnus réside dans leur désintérêt (ou leur incapacité) pour des chansons qui partagent de près où de loin quelques affinités avec un idiome populaire ou une scie radiophonique, ou plus simplement à une allergie au mode de vie rock en tant que tel (peu de tournées en dehors de Flandre, site peu explicite...).

Une frilosité qui n’exclut ni l’humour (voir les commentaires qui accompagnent la présentation des titres) ni la possibilité d’un rattrapage tardif.

Avec notre assentiment, cela va sans dire...

Voir en ligne : Perverted

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