méfiez-vous des apparences
Peter Bjorn & John
en concert au Botanique (12 janvier 2007)
jeudi 18 janvier 2007, par
On devrait obliger les critiques à toujours se prononcer une deuxième fois. Il y a quelques mois, je balayais le troisième album de Peter Bjorn & John d’un haussement d’épaules indifférent, peut-être un peu énervée par le martèlement du (très réussi) single Young Folks. Depuis, j’ai appris à aimer leur naïveté pop rendue savoureuse grâce à un certain détachement, leur joie de vivre aux relents glacés. Le temps de la réflexion, l’erreur admise, et l’occasion laissée à un disque de se nicher quelque part au coin de ma tête, voilà ce qui explique ma présence à ce concert, qui constitue en quelque sorte un rappel salutaire : on oublie trop souvent les deuxièmes chances.
En guise de première partie, une première rencontre avec les Suédois de Holiday For Strings. Leur présence scénique est indéniable, toute en silhouettes enfumées et lumière blanche sur fond d’encre. Leur musique est peut-être un peu floue sur les bords (du genre qu’on a du mal à définir sans tomber dans des formules toutes faites et creuses), mais l’impression reste suffisamment bonne pour qu’on ait envie de s’y attarder sur disque, si jamais on en a l’occasion, si on n’oublie pas, s’il n’y a rien d’autre à écouter en priorité...
Tout cela était relativement grave, sans lourdeur mais avec un sérieux de bon aloi, qui collait bien à l’atmosphère et à l’humeur de notre automne sans fin. J’imaginais la suite du même acabit : une légèreté empreinte de mélancolie, tout au plus une bonne humeur férocement ironique. Or, quand Peter, Bjorn et John arrivent sur scène, je me retrouve face à trois gaillards débordants d’énergie, et sans les chansons évidemment reconnaissables, je me croirais face à un quelconque groupe de power-pop. Où sont la si précieuse distance ironique et le calme détachement qui donnaient des contours acérés à leur pop sans complexe ? Le trio se démène, à la suite de son chanteur survolté, et opte plutôt pour le second degré que pour la reproduction mimétique. On s’amuse un peu, on apprécie leur dynamisme, mais comment ne pas regretter que certains titres soient de ce fait comme sacrifiés ? Le cottonneux Amsterdam se voit transformé en numéro minimaliste aux accents comiques, Young Folks presque tourné en ridicule à coup de minauderies. Théoriquement, voilà une attitude plutôt admirable : le groupe turbulent ne se prend pas au sérieux, n’hésite pas à surprendre. Mais cela laisse un goût bizarre, un sentiment de tromperie, pas spécifiquement désagréable, plutôt quelque peu déstabilisant.