in bed with...
Raymondo
lundi 18 décembre 2006, par
Depuis le temps que je me dis que je vais m’y mettre et que je ne fais rien, j’avoue, je commence à me sentir un peu honteux. Surtout par rapport au groupe, à qui j’ai promis un reportage, des portraits, etc., avec qui les contacts sont toujours très bien passés et pour qui je ne peux m’empêcher un tendre penchant, mêlé d’affection et de romantisme à l’eau de rose. Alors aujourd’hui, je me reprends en main et, sans les consulter d’avantage (parce que je sais que je ferai encore traîner la chose), je me lance dans cet article que je veux et promets depuis trois quatre mois. Mais de quoi parler sans consultation préalable, me diriez-vous ? Car mon idée de départ n’était-elle pas de les suivre quelque temps, de dresser les portraits de ces quatre personnages singuliers, de les titiller, de les embrouiller, de les rechercher et de présenter tout cela comme si de rien n’était ? Oui, c’était ça, mon idée de départ. Et puis j’ai changé de route. Et aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de me sentir trahison. Et je me lance. Point d’interview, donc. Point de portrait à la sonde. Juste mes impressions. Celles que j’ai quand j’entends leur musique. Celles que j’ai quand je les croise, ensemble ou individuellement. Celle que j’ai quand je les vois en concert. Un peu de tout cela, donc, plus les images qu’ils m’exposent à chaque rencontre. Mes impressions du groupe, donc, sans prétention aucune. Je me la jouerai alors plutôt académique et suivrai un bête schéma tracé à la va-vite : un nouvel album, des présentations, des concerts et puis la conclusion. Et que celui que ça emmerde parte me lire ailleurs.
River Into Lake
[| Dire que j’ai toujours apprécié la musique de Raymondo serait mentir effrontément. Non, je ne l’ai pas toujours aimée et mon affectation pour elle n’est que le fruit d’une lente construction faite d’écoutes attentives et de concerts touchants au cours desquels le groupe a pu me saisir. Sur le premier album, le groupe ne m’avait ainsi séduit qu’à la longue, à force de me le repasser sans savoir trop pourquoi je le faisais. Comme poussé par une force extérieure qui me disait écoute ça, c’est bon pour toi. Et, finalement, j’ai aimé. River Into Lake, pour sa part, m’a charmé directement. Le groupe réussit ici ce qu’il n’avait pu me faire ressentir aux débuts : une sensation étrange que le ventre se retourne et qui me donne envie d’étreindre, d’embrasser, de pleurer et de jouir des yeux. Cette pop qu’on qualifiera, par facilité, de bossa, est douce et amère en même temps. Comme un bon café fort, mais qui laisse en bouche des arômes surets. Et on ne sait plus si on croque dans un fruit ou dans la peau de ce fruit. Cela commence dès la pochette. Orange, parcourue de symboles qu’on ne déchiffre qu’après un certain temps : le nom du groupe, dans une police de caractère dérivée d’une œuvre de Josef Albers, du Bauhaus. Fugue, c’est son nom. Et le choix n’est certainement pas anodin. Travaillé par Christian Nolf, personnage autour duquel le groupe s’articule, ce caractère illustre parfaitement le côté à la fois simple et élaboré de la musique. Policé à souhait, il se détache du fond pour suggérer son nom tout en nous invitant à la fugue ultime, celle dans laquelle la musique nous perdra, ou nous sauvera. "River Into Lake", c’est donc un peu ça, en résumé. Débutant par la plage qui le nomme, l’album se présente tel qu’il est : honnête et droit. Un piano, profond, souligné par une batterie discrète tout en restant très présente. La voix, ensuite, de Christian Nolf. J’ai des frissons. Je dois me taire et écouter. C’est aussi simple que ça. La gravité du ton s’impose et les textes, plus travaillés que sur le précédent opus, me séduisent sans détour. Cet album, je le sais immédiatement, je vais l’aimer, l’adorer, dormir avec, en rêver, le garder en tête toute la sainte journée. Christmas In The Sun enchaîne ensuite et me relève de mes détours par ses rythmes entre jazz et bossa séduisante. Le refrain est fait pour me bercer et me poursuivre. C’est quand je ne pense plus à rien qu’il me revient et me fait sourire bêtement, au milieu de la rue, me donnant un air bête d’amoureux joyeux qui attend sa douce ou, à tout le moins, pense à ces bons moments qu’ils ont partagés ou qu’ils partageront ensemble. La guitare électrique fait ici son entrée subtilement et les ambiances éthérées crées par Cédric Castus semblent éternelles. La cassure arrive et parcourra l’album de part en part, se révélant fil rouge de toute conversation. Les breaks vont ainsi se répercuter de morceau en morceau pour constituer ce leitmotiv qui tissera l’album de pleins et déliés subtils et charmants. « Papam papam papam papapam », ritournelle de Tomorrow, semble taillée dans les nuages, à l’instar des paroles amoureuses chantés par le sieur Nolf. Rien à dire, ces trois premiers morceaux sont d’une divinité profonde qui m’aura rarement renversé cette année. L’album suit alors son cours, avec autant, et, parfois, moins de chance que son entrée en matière. Mais il me semble inutile d’égrainer les titres, car chacun trouvera ici eau à son moulin à travers les douze plages qui composent la plaque. Il suffit, pour en témoigner, de citer quelques références que le groupe avance sur sa page MySpace : Talk Talk, Nick Drake, Low, Autechre, Pan Sonic, Prince, Steve Reich, Arvo Part, Eric Satie… River Into Lake s’inscrit dans un paysage belge musicalement morose alors que sortent nombre de groupes promus à force de coups d’éclats. Timidement, Raymondo propose ses services et on sait pertinemment bien que ceux-ci surpassent tous les autres. Mais le groupe possède cette intelligence relationnelle, cette sincérité et cette modestie qui les inscrira certainement un jour au rang des plus touchants. Galerie de portraits arrachés de mes vagues souvenirs, les présentations suivantes ne suivront plus le groupe, mais bien chacun de ses membres dans son individualité et dans les relations que j’entretiens avec lui. Parce qu’un groupe n’est jamais plus humain que sous son propre jour. 2Christiant Nolf2 L’homme par qui tout arriva. Raymondo, c’est son bébé à lui. Christian est calme. Il me donne constamment cette impression et jamais rien ne me l’a enlevé. J’imagine cependant qu’il n’en est pas ainsi tous les jours, mais il m’est toujours apparu tel à chaque rencontre. Il a aussi cette intelligence subtile qu’on ne ressent que chez les personnes timides. Et c’est quelque chose que j’apprécie chez lui. Il vous regarde, s’excuse de ne pas vous avoir vu avant et vient vous saluer. Discret, je ne l’ai jamais vu se mettre en avant, même dans les occasions où il aurait pu faire valoir ses droits. Sa voix légèrement granuleuse et posée reflète parfaitement une sensibilité à fleur de peau qu’on ne pourra cependant approcher qu’après avoir écarté de nombreuses bogues. Architecte de son état, Christian reste un des personnages les plus modestes que je connaisse. J’avoue, je ne le connais que peu, finalement. Mais il reste aussi parmi ces personnages qui me donnent constamment envie de leur parler et de passer du temps à discuter de tout et de rien ; de ceux avec qui les bouteilles de vin semblent toujours meilleures. 2Aurélie Muller2 Je ne sais pas vraiment comment j’ai connu Aurélie. A vrai dire, je m’en fiche pas mal. Nous nous connaissons et c’est tout. Aurélie, c’est la dernière arrivée dans le groupe, en remplacement de Loobke, l’ancienne bassiste. Aurélie, c’était la petite voix qui m’avait séduit dans Melon Galia, c’est celle qui allume les jolies chansons de Soy un caballo. Elle fait des t-shirt et puis, aussi, parfois, elle se fait tout un ensemble avec de belles couleurs quand elle joue sur la scène, à Dour par exemple. Sous ses airs mutins se cache, j’imagine, une petite fille tout mignonne qu’un rien paraît surprendre et amuser. Et c’est ce qui la rend si jolie. Suite à un message relativement absurde que je lui laissai il y a quelques semaines de cela, dame Aurélie me répond, sur un ton tout aussi absurde : johnny, je chantais comme la castafiore à l’autre bout de ma demeure lors de ton passage infructueux.
quelqu’un avait coupé la ligne téléphonique. heureusement, je suis saine et sauve.
j’espère que tu l’es aussi et que ton steak béarnaise t’a réconforté.
vocalement, lara Si après ça vous ne comprenez toujours pas pourquoi j’apprécie cette demoiselle, ben… allez vous faire cuire un œuf ! :-) 2Cédric Castus2 Encore un personnage. A vrai dire, tout ce groupe est un personnage. Cédric est peut-être celui que je connais le moins bien. Pourtant, à chaque fois qu’on se croise, on se dit qu’on devrait aller se prendre un pot. Il arbore constamment un air coquin et décalé (juste dans les yeux) qui me fascine. Comme si on pouvait avoir le même humour (et croyez-moi, ce n’est pas facile à trouver, un gars avec le même humour que moi… Demandez à mes proches, ils témoigneront de ma crétinerie profonde.) Mais on ne va jamais boire de verre ensemble. J’imagine que c’est parce qu’on oublie constamment de s’appeler. C’est con, non ? Cédric reste alors quelqu’un de relativement intrigant. Je le vois souvent entouré de plusieurs filles sans jamais parvenir à en découvrir une qui pourrait être sa copine. Il les amuse, je pense, sous des airs calmes qu’il anime par quelques mots déplacés ou autres idées saugrenues. Si c’est bien de cela qu’il s’agit, alors, c’est sûr, je dois vraiment aller prendre un pot avec lui. En attendant, je me dis aussi que je devrais un jour aller manger dans le resto dans lequel il travaille. Il y cuisine des champignons. Et le plus marrant, c’est que quand je parle avec des gens qui le connaissent, ils me disent la même chose, d’un air un peu embêté : « Il faudrait vraiment que j’aille une fois manger au resto de Cédric… » 2Boris Gronemberger2 Celui qu’on qualifie souvent de stakhanoviste (suite à ses nombreuses contributions au sein de divers groupes dont les plus connus restent Françoiz Breut, V.O., The Grandpiano, Zop Hopop, Venus et Chacda) est pour moi un nounours intelligent et sensible qui magnifie ces deux qualités dans chaque instrument qu’il prend en mains. Il me donne constamment l’impression que chacun de ses gestes est entièrement calculé par un inconscient qui lui confère un air posé et délicat que je retrouve rarement chez d’autres personnes. Il représente pour moi une sorte de classe intemporelle qui s’allie avec passion à celle qui coule sur Christian Nolf. Une sorte de mélange explosif qui n’explose jamais mais laisse derrière lui des traces indélébiles et profondes. Quand ces quatre personnalités se rencontrent sur scène, le groupe est formé et la musique prend le dessus, seul moyen d’expression de ces quatre voix faites une. Sont résumés ici trois concerts, depuis septembre dernier : le premier, à la chapelle de Boondael, le second, à la Maison des Musiques et le dernier, au Botanique, en ouverture d’Arab Strap. Je n’en parlerai pas comme d’entités singulières, mais préfère concentrer les efforts du groupe en un seul concert, abrégé approximatif de ce que j’ai pu ressentir.
Parce que Raymondo en concert, c’est presque Raymondo en album. Sauf que c’est souvent mieux. Parfois, aussi, c’est moins bien. Mais ça arrive moins souvent. Quand je vois Boris s’installer derrière sa batterie, je ne peux m’empêcher d’avoir des frissons. Même si je sais ce qu’il va me sortir, je n’arrive jamais à prévoir ce qu’il va me montrer. La délicatesse avec laquelle il frappe, caresse, bouleverse ses fûts m’étonne à chaque fois un peu plus. Cédric, en recul, reste discret, bouge peu, mais installe ses ambiances toutes particulières. Aurélie fait de même avec sa basse, attrape ensuite sa clarinette pour quelque facétie bien à point, puis glisse une voix douce derrière celle de Christian, maître d’œuvre de la soirée. Lui, fidèle à lui-même, chante, gratte ses cordes et rien ne semble pouvoir le perturber. Tout est ici luxe, calme et volupté (si vous me permettez l’expression.) Certes, d’aucun pourra me reprocher une sorte de parti pris. Mais quel parti pris quand on sait que je suis devenu, au fil des écoutes, un fan inconditionnel du groupe ? Tout ce que je cherche, à travers cet article, c’est partager mes impressions de petit connard perdu entre trois notes et quatre personnages attachants. Raymondo reste pour moi une référence en Belgique, tant par la qualité humaine qui s’évapore du groupe que par celle, instrumentale, dans laquelle il évolue.Rivers Into Lake
Lake Out Of A River
And Will Our Tears Ever Join The Ocean ?
Voir en ligne : http://www.raymondoweb.be
P.-S.
Le 10 février 2007, Raymondo s’essayera à l’exercice du classique : invité par Flagey, il s’attellera à la tâche de reproduire Schubert dans ses contrées pop. Le rendez-vous est pris. Le pari lancé. Le temps suspendu jusque là.

