Redbong // Coup De Grisou

Facto Records/Discograph

vendredi 2 mars 2007, par Yannick

Paru-il y a deux ans, "Coup De Grisou" reste, début 2007, d’une actualité saisissante. Comme si Redbong avait déjà anticipé la normalisation en marche (au galop ?) chez leurs cousins (versaillais ?) de TTC.

Et quelle meilleure méthode de s’assurer qu’un album mérite bien sa petite place sur l’étagère que de le tester, les pavillons auréolés d’une irréprochable virginité, hors déferlement discographique (les sorties) et échauffement "buzzatique " de rigueur ?

Moralité : un mystère de plus à verser au dossier de la (rock ?) critique. Comment une plaque qui ne tient pas une seconde en place une fois posée dans le lecteur arrive à se planquer autant de temps sous les murailles de disques non chroniqués ?

On se tape de la réponse et on file à "Sarkophage", curieux assemblage electro ragga (pré- grime ?) en l’honneur de qui vous savez, prémonitoire des torrents de fiel à venir mais qui finit sa course en vous arrachant des sourires plutôt que des rictus. L’humour garde ses droits même quand la mouise bat des records de concentration et la musique ne fait à aucun moment les frais d’une édulcoration non assumée (MCM et Skyrock veillent à la bonne santé auditive des"meutes sauvageonnes"...) ou ne pâtit d’abus de repiquage éhonté dans les idées et les sons (une infection ).

Pourtant, au très prévisible et introductif "On Pisse Sur Un Piston" et son passage en revue (et à tabac) du P.A.F., on tique un peu. Des charges de la sorte, on en a entendu des régiments et, pour certains qui gueulaient avec les loups, ça c’est terminé par un bel exercice de retournage de veste et d’utilisation de la langue de bois à faire péter de rire une réunion d’anciens de la STASI. Mais le bien nommé "L’Eveil" et ses accointances Asian Dub Foundation donne le vrai démarrage de Coup De Grisou qui, au titre suivant, rend, par son intitulé et dans son contenu, mi-poivre mi-arsenic mais avec une petite cuiller de miel quand même, un bel hommage à l’une de nos seules gloires télévisuelles régionales (puisque belge francophone) exportables, l’inégalée "Striptease". (et puis un groupe qui décoiffe Laurent Gerra ne peut que m’être sympathique). Plus loin,"1sectivore" fait voler dans un grand éclat de rire jaune les sectarismes musicaux les plus divers (rappeurs compris) sur fond de Muppet Show et de délires entomologistes. "28 Ans Plus Tard" abat lui son triste couplet sur l’immobilisme social avec les mêmes armes qu’utilisent Arnaud Michniak (Programme) et apparentés (NonStop).

Tout ceci pour dire que si Redbong aura un peu de mal à échapper à la comparaison TTC, les deux collectifs diffèrent de tout au tout dès la deuxième écoute. Ils affichent de concert une patate pas possible dans l’utilisation de gimmicks en provenance de toutes les galaxies musicales (hip hop, electro, dub, ragga, rock, broken beat, two/dub/step...) sans qu’à aucun moment ne leur vienne l’idée de nous assommer d’un coup de soli de platines (et séquenceurs) digne des pires horreurs guitaristiques du heavy metal. Mais Redbong tend à réserver ses dires et machines au service de sa critique sociétale tandis que l’autre a trop souvent tendance à se cantonner aux effets du réchauffement climatique sur la libido de quelques types dont toute l’existence gravite autour du falzar. Curieux aussi ce mimétisme vocal entre l’un des ces virtuoses du mic’ (Dan ou Cray) et ce bon vieux Horace Andy - un H.A. un peu Lance Armstrong descendant l’Alpe D’Huez, quand il dévale mots et phrases – et que cette façon très anglaise (londonienne) de varier rythmes et textures sonores à chaque morceau n’aie pas été remarquée plus tôt.

Sur le site du groupe, un album de remix est annoncé sans plus d’informations. Il contiendrait des relectures opérées par quelques protagonistes des dernières vaguelettes électroniques anglaises (grime, dubstep...) que l’on n’en serait qu’à moitié étonné... On peut toujours rêver (ou déconner...)

Voir en ligne : http://www.redbong.net

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