Silicon // Silicon

Autoproduction

mercredi 17 octobre 2007, par Yannick

Malgré un contexte général euphorique qui donnerait presque à notre riante Communauté Française de Belgique un petit air de Silicon Valley du pop rock (on rigole), la débrouille chanceuse et l’auto production restent le lot de la majorité des nouveaux arrivants. Comme pour reprendre la maxime préférée de l’un de mes confrères scribouillards : "c’est très très dur de faire carrière dans le rock".

Sorti sous le manteau en 2006, "Silicon" (le disque) n’est à peu près disponible que via le net (soundoo.com) et a reçu un accueil médiatique à hauteur de la parution de l’album de Malibu Stacy au Kazakhstan. C’est bien dommage parce que, sans occulter les liens de ce trio passé quatuor (+1 Sweek pour la scène) d’Andenne avec quelques "sommités" du staff Nameless, les indéniables qualités de Silicon aurait dû lui valoir d’autres échos que ces chuchotements de couloirs dignes de la grande époque du KGB !

La bio nous apprend que Silicon a pris son timide élan à la suite de l’atterrissage (en catastrophe ?) de Tongue (1995-2003) et s’est lentement mais sûrement forgé une identité electro-pop et mélancolique dont le label Morr Music (Lali Puna, Go Find, Radical Face...) s’est fait le plus distingué chantre. Le groupe ajoute les nébuleuses Notwist, Stereolab et Radiohead à son firmament personnel mais garde les pieds sur terre en incarnant Nono le petit robot, vedette de (la bonne) variété française (reprise kraftwerkienne et amusée de l’"Adélaïde" de Turboust & Zabou).

Le chant, timide mais pas austère ni germanique pour un Mark (Euro) manque encore un peu d’assurance ("Citybird" et le coup d’archet d’un ex Venus (sic) de passage) et on devine parfois les trucs et astuces pour pallier au manque de moyens mais Silicon peut dès à présent postuler une honorable place en D2 rock (la patiente est une de leur qualité) ou envisager son transfert en Allemagne (comme Styrofoam).

Reste à définir un cadre scénique adéquat pour des chansons qui véhiculent un spleen requérant intimité et connivence tacite, qu’on emporte avec soi comme des secrets non dévoilés davantage qu’on ne les subit comme la majorité des disques d’aujourd’hui, dans une placide indifférence. L’équilibre homme/machine tient d’un sens du compromis qui semble faire défaut à la classe politique belge actuelle, et autoriser des escapades instrumentales (cinématique "Sister") où les voix cèdent la place à des captations diverses ("Uma" et son invitée russe, "Dr Martin" articulé autour d’un discours politique), des chœurs d’inspiration islandaise ou new wave ("Get Off",) et même à un hommage fraternel à ce grand échalas d’Erlend Oye (ex Kings Of Convinience, en solo ou encore dans The Whitest Boys Alive).

Le filon est présent, mais tout reste à jouer !

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