au Théâtre Varia

Strange Fruit

de Michel Dezoteux

samedi 31 mars 2007, par Frederic

Je ne sais pas vraiment quel jour c’était. Je sais juste que ce jour a marqué l’histoire d’une musique. En l’occurrence, du jazz. Billie Holiday chante Strange Fruit. Et puis c’est un monde qui bascule. Une révolution qui prend forme. Et des idées lancées enfin en l’air pour que chacun les attrape et les agite à sa guise.

Michel Dezoteux est né quelque part au XXème siècle, je ne sais pas quand. Après la chanson de Billie Holiday, c’est là la seule chose dont je suis sûr. Metteur en scène de son état, il cultive depuis toujours une fascination pour le jazz. En 2007, il se lance. Strange Fruit est un spectacle musical inspiré de la chanson éponyme.

J’ai rarement été autant retourné.

On commence doucement. On rit un peu. On abat les clichés ("destruction" lapidaire du personnage de Holiday, blagues racistes, etc.) Les climax se succèdent quelque peu. Des moments de folie jazz, où celui est plus esquissé qu’il n’est réellement jeté aux lumières du jour. Des moments déjà forts, qui nous fascinent. On se dit qu’on n’a pas manqué sa soirée. Parce que le jazz, c’est la musique du soleil qui tape. C’est la musique des sourires et des chants cotonnés. On s’enfonce dans un univers qu’on connaît, sans pour autant se frotter aux clichés tenaces. Le travail d’investigation est profond. Dezoteux connaît son sujet sur le bout des doigts. Ses recherches d’archives en témoignent d’ailleurs généreusement. Les acteurs/chanteurs/musiciens sont parfaits. Le jazz est bel et bien présent sous toutes ses formes, sans oublier ces quelques moments qui semblent d’improvisation, de confession/confidence au public en place. Puis c’est le coup de masse. Parce que ce public, on le prend à témoin. Parce qu’on lui montre que lui aussi, quelque part, il n’est pas innocent. Et on fait ça sur le ton naïf d’un enfant innocent. On joue le silence sur le plateau. L’image.

Silence dans la salle.

Puis on récupère. On s’enfonce dans l’arrière-boutique du jazz et on en sort tous ses pantins désarticulés, ses hontes et ses cris qu’on ne voulait plus voir à travers les notes. Le public suit. Je suis. Pris. Puis quand tout le monde ne sait plus trop où se mettre, on ressort l’artillerie joviale de la musique, on nous rappelle que le jazz, c’est une musique de danse, de joie et d’oubli.

Parce que l’oubli, c’est le bonheur.

Puis c’est la fin. On n’a pas vu Billie Holiday sur le plateau. Juste en images. Animées ou non.

Je suis d’habitude avare en applaudissement.

Ce soir, je n’avais plus envie de m’arrêter.

Voir en ligne : Théâtre Varia

P.-S.

Le spectacle se tient au Théâtre Varia (Bruxelles) jusqu’au 21 avril prochain et j’en parlerai partout autour de moi pour que la salle soit pleine tous les soirs.

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