The Low Lows // Fire on the Bright Sky
Monotreme Records
lundi 8 octobre 2007, par
On connaissait Low et leurs chansons natures mortes qui font chaud au cœur. Voici d’autres Américains, pas plus cousins que dérivés des premiers, mais eux aussi en danseuse sur la corde raide d’une tristesse qui ragaillardit les corps et les âmes.
Les ruptures amoureuses ont ceci d’"enthousiasmant", c’est qu’elles autorisent des rebonds, dégagent des horizons insoupçonnés, offrent un champ inédit de bifurcations et libèrent parfois des énergies par trop comprimées.
Avant The Low Lows existait Parker (L.Noon) & Lily (Wolfe), un duo new-yorkais à la ville et à la scène, responsable de trois albums, inconnus de mon bataillon, mais dont le dernier avait pour titre "The Low Lows". Vers 2004 et à mesure que le couple se délitait, un vrai groupe prend forme (à présent un trio) et adopte simplement le nom dudit disque avant d’aller poser ses cartons du côté de la Georgie.
On ne sait si Parker & Lily gazouillait de musique, d’amour et d’eau fraîche parce que, contrairement à ce que son titre laisse à penser, s’embarquer dans "Fire on the Bright Sky" c’est plutôt s’engager dans une purée de pois, lunettes de soleil sur le nez et des papillons noirs dans la tête, avec The Low Lows en joueur de flûte d’Hamelin pour guide.
La tristesse et la mélancolie sont partout et collent même à des (nombreux) instruments qu’on jurerait captés et mis en boîte dans l’atelier mi-champêtre mi high-tech où sévit Califone. Le trio nous ferait presque croire que le matériel sur lequel il joue avait une date de péremption, à présent largement dépassée, tant ce qui en sort semble friable, à deux doigts de s’auto disloquer et de retourner à la poussière, poussant un dernier feedback pour ultime cri.
Et pourtant, comme pour vérifier une vieille théorie scientifique qui stipule que le noir absolu n’existe jamais dans l’univers, le (post) folk contusionné de The Low Lows semble illuminé d’une pâle mais sublime lumière intérieure, et réchauffé à la manière de ces mammifères malins qui connaissent 1001 trucs et astuces à verdir un écologiste de honte pour passer l’hiver au chaud.
De même, les Américains et leur musique sont investis d’une noblesse presque lyrique en toutes circonstances. Comme un véritable gentleman, même passé à tabac et le costume en loques, demeure un gentleman, ces chansons, pleines d’ecchymoses et de bleus autour des yeux tiennent leur rang et s’autorisent même de tant en tant l’espérance (à défaut de l’espoir). Entre un Tindersticks des champs (chant nasillard mais moins solennel) ou des marais (le son, poisseux et enveloppant) et un Neil Young retourné à une existence de banlieue anonyme. Découvert par les renards anglais sans le sou de Monotreme Records (65daysofstatic, Picastro...), The Low Lows, une fois réglés ses (légers) problèmes d’effusion lacrymale et réparé le volet qui assure (mal) une bonne oxygénation de leur lieu de travail pourrait s’immiscer dans bien des pharmacies.
Voir en ligne : The Low Lows