Vedette // s/t

Stilll Records

samedi 3 février 2007, par Yannick

Si vous pensiez que le duo Manuel Stagars/Neil Carlill constituant Vedette avait choisi son pseudonyme sous l’effet d’une ironie mordante, conséquence du piètre retour public (et même critique) reçu par leurs projets musicaux passés et présents, vous aviez tout faux !

Bienvenue dans une contrée où l’interprétation et la subjectivité sont reines et les vérités, (presque) nulles et non avenues.

Et dans le cas de Manuel Stagars, sans le renfort de la bio et du Net qui nous le décrivent à cheval entre la nébuleuse ambiant et de récurrentes participations à des installations d’art contemporain, le bonhomme demeurerait affilié à l’innombrable armée des ombres. Pour ce qui est de Neil Carlill, c’est à peine plus clair, mais l’homme s’était tout de même fait connaître d’un très (trop) petit nombre de personnes avec son très recommandable projet Delicatessen. En pleine ère britpop, quelques jeunes gens bien éduqués filaient le bourdon et les chocottes, planqués derrière des chansons pourtant si accueillantes en première écoute (3 disques à réhabiliter d’urgence).

Dans ce nouveau projet, ce n’est pas tant l’insuccès ou l’incompréhension, finalement le lot d’une très grande majorité d’artistes (l’adage : beaucoup d’appelés, peu d’élus), qui est central, mais la figure d’Emily Marinett (1887-1948), personnage ô combien mystérieux et à l’étrange destin , qui usa, à une époque où on ne riait pas avec la morale, de son corps et de sa sexualité comme d’une oeuvre d’art et/ou un manifeste esthétique.

Plus évident, [Vedette->http://www.myspace.com/vedettemusic] se revendique de DADA. Une filiation qui saute là aux oreilles. Ce disque est un immense collage sonore dont les aléatoires structures ne s’agglomèrent jamais véritablement en chansons. On n’hésite constamment entre un soliloque hachuré et discontinu à destination des étoiles (la friture sur la ligne est l’écho du cosmos !) et l’impression que quelqu’un s’est engagé depuis peu dans un lent processus de reconstruction mentale et de réappropriation du langage avec micros, samplers et boites à rythmes comme lieux et moyens de la thérapie (le bruit de fond comme cartographie de l’inconscient ?).

On sait aussi pertinemment que depuis Captain Beefheart, Daniel Johnston et plus récemment Xiu Xiu, Doseone (et sa myriade de projets : Clouddead, Subtle...) que la folie (sur son versant fantasmagorique) est soluble aussi bien dans le rock, le hip hop, que dans l’electro et, pour ce qui est du présent disque, dans les trois "genres"à la fois !

Cet album ne requiert pas une écoute, il sollicite une disponibilité, s’adresse à la partie non rationnelle de nos personnalités, offre un ticket pour un trip où le cosmique et l’humain s’emboîte l’un dans l’autre, une série de poupées russes maudites dont on ne pourrait ouvrir l’ultime.

Un disque-monde qui ne risque pas d’élargir de beaucoup l’audience de ses deux géniteurs, mais qui réserve moult plaisirs sonores et riches introspections à qui s’y laissent enfermer.

Voir en ligne : http://www.vedettemusic.com

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