Wheat // Everyday Day I Said a Prayer for Kathy and Made a One Inch Square
Ever Records
lundi 19 novembre 2007, par
L’énigme du jour est facile à résumer : Wheat est-il une cellule de moines copistes zélés ou un groupuscule d’illuminés aux géniales intuitions pop mais un peu naïf et boudé par la chance ?
En matière de bilan, celui affiché par les Américains du Massachusetts de Wheat doit se contenter d’un "satisfaisant", et encore obtenu par un vote à la majorité simple au sein d’un jury apprécié pour sa magnanimité. Un C.V. fort de 4 disques dont l’un (le second "Hope & Adams") bénéficia des conseils éclairés du bon docteur ès pop Dave Fridmann, mais avec en retour des échos critiques qui, pour les plus enthousiastes d’entre-elles, n’ont fait que les ramener au milieu d’un troupeau dont les chefs de meutes pourraient s’appeler Mercury Rev, Flaming Lips, Radar Bros ou encore Andrew Bird. Finalement, ce groupe ne s’était pas fourvoyé dans le choix d’un nom aussi banal que possible : Wheat = froment (d’où la véritable origine de l’appellation bière blanche qui est une mauvaise traduction de bière de froment...).
Pourtant, dix ans après leurs timides débuts, Wheat est toujours là, plus resserré que jamais après le départ du batteur d’origine. Et à l’écoute de cet album au titre à rallonge (à croire qu’ils le font exprès !), me repasse en tête le message tonifiant véhiculé par un fabricant de barres de céréales. Du tonus et de la suite dans les idées, les Américains n’en manquent pas même si la partie qui se joue par-ci tient plus des subtils équilibres du jeu de dominos que d’une stratégie de conquête militaire de type stratego.
Il y a chez eux ce sens de la mesure, de l’érudition non tapageuse et de la séduction interlope. Un bel exemple de démocratie directe où tout semble fonctionner par automatisme mimétique et complicité fraternelle dans le chef duo Scott Levesque/Brendan Harney, à des anées lumières des querelles d’ego mal dégrossis. A l’arrière du sobre décorum lyrique de cette pop qui pousse la mélancolie à apprivoiser les grands espaces, défilent les ombres chinoises de quelques souvenirs chéris de nos 90’s indie, Pavement ("I Had Angels Watching over Me") ou Sebadoh en tête tandis que les perles mélodiques s’enfilent jusqu’à constituer un collier de perles à étrenner partout ; la tension inaugurale de "Closeness" étagée par paliers de (dé)compression ; "Little White Dove" et son invité de choix (Conrad Lambert aka Merz) ; "Move=Move" qui ferait dire à un comptable que la principale différence entre Cake et Wheat au Lotto tient au facteur chance !
Avec parfois de surprenants accents qui confèrent à "Everiday Day I Said a Prayer for Kathy and Made a One Inch Square", ici, les tournures de l’album lo-fi d’un Bono au fond du trou, et là comme la liste des titres chéris de la playlist de Tayan à la divine époque des "100 Minutes" (feu Radio 21), Wheat éclaire d’un sens nouveau le choix de son banal patronyme : "Avec le blé vient la moisson"...
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