De Portables/Dionysos * 07.11.99 (Escalier) - Liège

7 novembre 1999, par Anelyse

Des lions assoupis et des schtroumpfs enragés

Et un groupe de rock flamand , un! Rien d'original, vous me direz, on a déjà dEUS, Soulwax et Zita Swoon , qu'est-ce qu'on peut demander de plus? Seulement comme notre patrie est riche de contrastes, mais si petite qu'on finit toujours par lui coller des étiquettes anglo-saxonnes afin de situer pour le grand public les groupes qui ne sont pas (encore) passés à la postérité, on rajoutera donc que ce groupe-là est Le Mogwai belge. Admettons...il paraîtrait même que leur album est sacrément bon , soit, tant mieux pour eux! Sur scène , De.Portables la joue à l'enthousiasme et au coup de griffe plutôt que de nous asséner de soporifiques berceuses pour petits frères, leur jeu est tout juste assez énergique pour tenir éveillé un Escalier presque comble un dimanche soir, et on ne les en blâmera pas pour ça. Mais bon ,tout ça manque cruellement d'un petit je ne sais quoi de personnalité , d'un chouya d'âme pour laisser une trace indélébile dans ma mémoire...et les Mogwaimaniacs me pardonneront!

Pour ce qui est de la personnalité, il en va tout autrement de Dionysos! Pourtant, il y aurait eu franchement de quoi se méfier ...Quand un magazine comme les Inrockuptibles vous assène un truc à leur propos du genre "Et si le groupe de l'année était français?", ça ne vous donne pas envie de fuir ? Bon, on ne fait pas ici un procès aux Inrocks, mais le coup du petit groupe français qui monte en flêche avec un seul titre, on nous l'avait déjà fait avec Louise Attaque, et à force ça finissait franchement par avoir mauvais goût!! Bref, c'est plutôt avec méfiance que j'attendais leur prestation à l'Escalier, même si , apparemment leur concert aux Nuits Botanique avait été réussi. Je dois dire que dès le départ, les conducteurs de cette "Coccinelle" particulièrement radiophonique m'ont plutôt impressionnée.
Une fois lâchés dans l'arène du public, les cinq membres de Dionysos produisent un très joyeux tintamarre , entre violon fou et gueulantes au téléphone, roulades et harmonica, le tout orchestré par Mathias Matzieu, le chanteur, dont l'égo semble inversément proportionnel à la minuscule taille. N'empêche, il est franchement balèze parce que faire une stage à l'Escalier, ça doit rarement arriver, et parvenir à faire assoir toute une salle d'allumés liégeois (à l'exception d'un éclopé surnommé Captain Béquille pour l'occasion) pour entamer une chanson plus "sérieuse" (mais ont-ils vraiment voulu un jour devenir sérieux?), ça tenait presque du miracle...
Outre le virus de la rage , on doit avoir greffé à ces schroumpfs la graine poétique à la naissance, les textes (un peu incompréhensibles sur scène parce que le son crachouillait mais bon l'ambiance compensait bien) de l'album Haïku (premier album signé chez Tréma après d'autres essais restés plus à l'ombre) étant de toutes petites merveilles, pétillantes pour la plupart.

Déjà, la pochette est jolie tout plein , toutes ces plumes, c'est douillet et la paire de ciseaux, ça me rappelle les bricolages de l'école maternelle. Et le côté nostalgique de l'enfance semble être plus que voulu chez Dionysos, vu les petits dessins à la Tim Burton et autres Goldorak qui décorent leurs instruments.

Je ne peux pas d'ailleurs résister à l'envie de vous donner ici les paroles de deux morceaux splendides de naïveté et de fraîcheur:

Nicholsong (là on s'esclaffe léger et encore vous n'avez pas tout vu!)

Christmas trees are eating the pavement
The pavement is eating old ladies
The trees are à hauteur de genoux
I fall in love
With three four ankles
I love the ankles

Pyjama


Je n'ai jamais mangé de pyjama aussi doux que le tien

Bref,on conseillera aux plus poètes d'entre vous cet album qui sent bon le Coca-cola et les pommes et on attendra sagement de voir ce que deviendront les membres de Dionysos quand ils auront vidé leur stock de salsepareille...

< retour