fur
la belle et la bête version XXème siècle
vendredi 19 janvier 2007, par
Nicole Kidman se glisse dans la peau de Diane Arbus. Une magistrale poésie qui romance la vie de la photographe et son attirance inéluctable pour l’étrange. Waw !
Née au sein d’une famille riche et austère, Diane Arbus a peu à peu lâché la réalité pour se consacrer à ce qui la fascinait vraiment : photographier l’étrangeté. Les travestis, les nudistes, les albinos, les personnes défigurées ou difformes, tous sont passés devant l’objectif de l’Américaine (1923-1971).
Le réalisateur Steven Shainberg raconte métaphoriquement cette attirance folle pour ce monde caché dans Fur. Titre qui évoque à la fois l’entreprise des parents de Diane (vendeurs de fourrure) et l’hyperpilosité de Lionel, le voisin du dessus de la famille Arbus (Robert Downey Jr, vieilli).
Lorsque Diane le voit emménager, masqué, elle ressent directement l’envie de le connaître davantage. Lui l’emmène dans son monde "anormal". En découle bien évidemment une histoire d’amour mais aussi quelque chose de bien plus grand que ça. A ses côtés, Diane va accepter cette part d’elle, obsédée par le bizarre, et l’exprimer avec le talent et la fougue que l’on sait.
On ne sait jamais, dans ce film, si on se trouve dans un rêve ou dans la réalité. Si les créatures que découvrent Diane, les énergumènes, comme les décrit son mari, sont réelles ou fantastiques. On plonge dans un univers onirique et poétique où l’étrange le dispute au merveilleux. Où on n’est pas surpris de voir les filles Arbus aider Lionel à concevoir des perruques avec ses cheveux.
On suit Diane, interprétée par l’inégale Nicole Kidman dans sa découverte de "l’autre monde", celui auquel sa vie de femme, mère de deux filles et assistante de son mari, ne lui donnait pas accès et qu’elle finira par quitter pour ne plus se consacrer qu’à sa passion.
Le nom de Diane Arbus évoque généralement la photo des deux soeurs, celle-là même qui inspira à Stanley Kubrick les jumelles de Shining. Avec Fur, l’univers de la photographe s’élargit en même temps que notre compréhension de sa fascination. Même si le réalisateur précise bien qu’il s’agit d’une fiction : ce mystérieux voisin du dessus n’a pas existé. Reste qu’il représente bien le passage secret que Diane Arbus aurait pu emprunter pour aller jusqu’au bout de sa curiosité, qui n’avait rien de malsain ni de condescendant. Un tout bon film.