Interview de an pierlé
Par Delphine Resteigne, Alexandre Stevens & Clarisse Flohimont
Retranscription par Delphine Resteigne * an pierlé (avril 2000)

1er avril 2000

  • En fait, vous avez fait deux dates sold- out à l’A.B. la semaine passée mais , en Wallonie, on vous connaît un peu moins, est- ce que vous pouvez un peu nous parler de vous.

    AP : Disons, en Flandre, tout va bien et tu dois toujours recommencer dans des nouveaux lieux, donc, maintenant, on vient en Wallonie et je regarde ce que ça fait, si les gens sont intéressés. On vient de commencer et j’ai confiance…je fais de la musique et j’aime bien de faire de la musique donc, je fais de la musique n’importe où et, de préférence, partout.

  • On vous a découvert dans l’album de DAAU sur le morceau ‘I’m broken’ ...

    AP : J’ai bien aimé de travailler avec DAAU, on se connaissait déjà depuis longtemps donc on a toujours eu envie de faire quelque chose ensemble, c’est gai. C’était un beau morceau, simplement, j’étais malade au moment où on l’a enregistré.

  • Et vous aviez déjà en tête de faire un album solo à ce moment- là ?

    AP : Oui mais l’album n’avait pas encore la forme qu’il a maintenant car ça a duré un certain temps avant que je décide ce que ça devait être… et tout le monde me disait : si tu commences, tu dois avoir confiance en des producteurs, en des gens qui savent mieux que toi ce qu’il faut faire et moi, je ne voulais pas car je me disais que le premier album que tu fais, c’est ton ‘ Statement artistic’ et je trouve que trop de gens écoutent trop ce que le commerce et les maisons de disques demandent. Je leur ai dit : ou bien vous me prenez pour ce que je suis ou bien, vous ne me prenez pas mais ce truc a pris longtemps avant que tu aies confiance en toi- même…

  • Et vous comptez faire d’autres collaborations à l’avenir ?

    AP : On ne sait jamais mais c’est pas parce que j’ai envie de travailler avec des gens que ça doit nécessairement venir sur un disque ; c’est aussi un peu essayer des choses et s’amuser un peu.

  • Vous avez fait du théâtre, vous avez joué dans des séries télé, vous faites de la peinture (vu que vous réalisez vous- même vos pochettes d’albums), vous touchez donc à diverses activités artistiques…

    AP : Ca vient comme ça. Je suis en train d’écrire dans mon bouquin, par exemple, et j’ai une image dans la tête et je dessine parce que je suis un peu fainéante alors je dessine un peu, comme quand on téléphone et que l’on dessine. Au bout d’un temps, j’avais beaucoup de dessins et vu que, plus tu dessines plus tu apprends, alors, je me suis dit, si je veux faire tout moi- même, pourquoi pas faire la pochette comme ça s’est utile mais un peu ‘fainéantesse’, comment est- ce qu’on dit ?

  • Fainéant

    AP : Oui, fainéant… mais ces dessins sont utiles comme ça.

  • Et ces dessins, ils vous inspirent pour faire de la musique, ce qui arrive à Stef Kamil Carlens (ndr : chanteur de Zita Swoon) par exemple quand il a du temps en studio… Je ne sais pas si c’est ton cas ?

    AP : C’est plutôt une autre façon car Stef Kamil, il sait très bien dessiner et c’était son premier métier ; il a étudié pour ça mais chez moi, c’est plutôt pour renforcer et pour m’amuser un peu. Les images que j’ai lorsque je fais une chanson, c’est bien de les traduire enfin, de donner un extra et, en plus, l’album n’est pas très facile à écouter la première fois donc c’est bien d’avoir les dessins, c’est beaucoup de couleurs donc c’est agréable.

  • Vous dites que l’album n’est pas facile à appréhender la première fois ; vous évoquez dans vos chansons des choses assez personnelles, est- ce que vous pensez que beaucoup de gens peuvent se retrouver dans ces paroles ?

    AP : J’espère en tous cas mais il a beaucoup de gens différents qui assistent à mes concerts. Par exemple, les filles de 14 ans, elles voient quelque chose de totalement différent par rapport aux personnes de 50 ans qui voient parfois dans mes chansons des trucs que, moi, je ne comprends pas encore. Dans la vie, on réfléchit et puis, on mûrit et c’est intéressant de voir les différentes opinions des gens.

  • Est- ce que vous faites partie de toute la troupe d’Anvers ; j’ai lu votre bio mais on ne mentionne pas d’où vous venez…

    AP : D’origine, je viens d’Anvers et maintenant, j’habite Gand. Je connais tous les gens mais je fais exprès de me distancier. Je ne veux pas être d’une bande car ça ne dure jamais longtemps, donc…

  • Donc, c’est dire que l’on va compter sur vous les prochaines années…

    AP : J’espère m’amuser, chercher un peu le reste de ma vie et ce que ça va être, je ne le sais pas. Je ne fais pas de musique pour faire un hit ou deux hits ou pour devenir célèbre, non, je veux chercher et les gens aimeront ou ils n’aimeront pas, c’est comme ça.

  • Vous êtes quelqu’un de très intègre alors ?.

    AP : Je ne sais pas ; il faut faire des choix et c’est important de voir quels choix sont importants pour toi, de regarder un peu ce que tu veux faire avec ta vie.

  • Quand le moment est venu de choisir une maison de disques, à moins que ce soit elle qui vous ai choisi, qu’est- ce que vous avez pensé de l’accord et du futur que l’on vous proposait ?

    AP : D’abord, j’ai choisi cette maison de disques (ndr : l’album est sorti chez Warner) parce qu’ils étaient jeunes ; c’est une grande maison de disques mais ils ont leurs produits locaux ; donc, c’est un peu pour ça et …les contrats, c’est toujours très difficile, il faut avoir un bon avocat et, pour le reste, on ne devient pas riche (rires).

  • Sinon, cette année, vous allez jouer à Werchter, à Dour ; je suppose que vous prenez donc du plaisir à jouer en festivals…

    AP : Ah, oui, bien- sûr mais c’est autre chose que les théâtres..

  • Vous changez votre façon de jouer en fonction de ‘il y deux cents personnes ou il y a deux milles personnes’ ?

    AP : Pas, en fonction d’il y a deux cents personnes ou il y a deux milles personnes mais si les gens sont debout, il y a une autre ambiance ; oui, ça influence et c’est aussi gai d’être influencé par ça. Un concert debout, c’est toujours plus difficile car les gens sont plus distraits, ils parlent plus mais j’ai aussi appris qu’il ne faut pas exprès jouer très fort car, ça tient l’attention des gens pendant un moment. Mais les gens qui ne sont pas vraiment intéressés, ils ne regardent que ce moment et les gens qui sont vraiment intéressés, ils perdent la musique pour laquelle, ils viennent donc…j’essaie de suivre les numéros, de jouer et de faire de la musique…enfin, j’essaie, parfois, ça ne marche pas !

  • Là, tu pars à la conquête de la Wallonie après avoir conquis la Flandre, après la Wallonie, c’est quoi ?

    AP :Le monde ( rires) ! Mais non, mais ça va très lentement et ,oui, j’aimerais bien aller dans tous les pays mais c’est pas facile, c’est beaucoup de travail.

  • C’est un choix de vie…

    AP : Oui, c’est une manière de vivre parce qu’en tournées, c’est pas évident tout le temps mais, enfin, c’est amusant pour le moment, on essaie. Je ne dois pas devenir une super star non plus. Je n’écris pas de hits donc, ça ne viendra pas comme ça mais si dans chaque pays, tu as un public qui t’aime bien et qui est prêt à te suivre dans le chemin que tu fais, ça c’est pour moi l’idéal. Si tu as un grand hit, t’es aussi très faible car les gens veulent encore ça et, moi je veux avoir de la liberté pour faire ce que je veux… et, ça serait bien dans l’Europe, oui.

  • Et puis, répéter la musique que l’on fait, les gens se lassent vite…des chansons qui ont le même air que le single que l’on a fait…

    AP : Oh, oui, mais pour moi, il faut se renouveler et il faut faire de la musique que tu aimes parce que si toi tu n’aimes pas, même si tu as cinq hits mais que toi, tu n’aimes pas les hits, t’es pas contentes parce que tu as simplement le succès et, après que tu aies été dans une salle avec le public qui fait ouais…. Tu es après dans une chambre et tu es seule dans les hôtels ; tu reviens sur toi- même. Donc, si tu n’es pas contente de ce que tu fais, tu as un problème et tu as un grand problème. C’est un peu comme ça je pense, je ne suis pas sûre.

  • Il faut sans cesse se renouveler donc… tu penses déjà au deuxième album ou d’abord conquérir l’Europe et puis, le deuxième album … enfin, quels sont tes projets (rires)?

    AP :Pour le moment, je suis en train de répéter, de faire une nouvelle chanson et ça ne s’arrête pas et ça nécessite beaucoup de temps avant que ça soit une qui soit vraiment bien. Bien- sûr, j’ai un deuxième album en tête mais qu’est- ce que ça va être, je n’en sais rien. Je suis en train de répéter et de faire de nouveaux trucs.

  • Votre façon de jouer, elle vient forcément du classique puisque c’est par là que vous avez commencé… est- ce que ce n’était pas pour vous un peu trop académique ?

    AP : C’était bien d’avoir commencé par là… j’aime bien la musique classique mais tu n’apprends pas à être créatif dans les écoles de musique, c’est ça qui est dommage et, pour moi, ça a été très difficile de quitter les partitions et de voir que tu as une créativité en toi et ça prend beaucoup de temps mais aussi, ça s’apprend. L’avantage que j’ai maintenant avec l’éducation que j’ai faite, c’est que certains trucs techniques, je les ai en main et c’est utile.

  • Vous l’avez dit, la maturité créatrice est venue après pas mal de temps, comment le déclic s’est - il fait par rapport à ça ?

    AP : Mais tu commences et tu essaies et tu poursuis ton chemin, comme on dit, il faut avoir de la persévérance.

  • Tu joues d’autres instruments ?

    AP : Non, pas vraiment, un tout petit peu d’accordéon ; c’est un bel instrument je trouve, j’aime bien.

  • Le ballon comme tabouret de piano, d’où vient l’idée ?

    AP : Au début, c’était simplement parce que j’avais souvent mal au dos en jouant du piano ; enfin, c’est très bien pour chanter, pour se tenir droite et avoir plus de support pour le souffle, ça aide beaucoup et, comme c’est assez lourd parfois de jouer une heure toute seule, tous les moyens qui aident sont bien. Et puis, en sautant, je sais que c’est beau et que l’on met une jolie petite lumière dessus et voilà… mais c’est plutôt parce que c’est très bien pour chanter.

  • Comptes- tu un jour avoir d’autres instruments, d’autres gens avec toi sur scène ?

    AP : Je ne sais pas ; pour moi, j’ai pas encore tout découvert dans le piano et c’est agréable d’être seule et si je veux jouer avec des autres gens, je peux le faire dans mon temps libre. Et puis, c’est facile d’aller en tournées toutes seule et pour moi, c’est difficile de travailler avec des autres gens car je suis habituée à travailler seule et je deviens un dictateur.

  • Mais, c’est plus difficile d’être toute seule sur scène…

    AP : Oui mais ça donne aussi beaucoup de libertés d’être toute seule car, si tu fais une faute, tu peux la restaurer toi- même et parfois, personne ne le remarque….parfois…parfois si.

  • Qu’est - ce que vous pensez de la musique en Belgique actuellement ?

    AP : Ca va bien, j’ai l’impression

  • Est- ce que vous êtes sensible à ce que font les autres groupes en Belgique ?

    AP : Mais, tous les pays ont leurs artistes ; en Wallonie, il y a aussi beaucoup d’artistes mais il y avait d’abord dEUS qui a ouvert les portes à la presse, c’est simplement ça… alors, les gens, ils veulent encore plus de groupes qui marchent bien donc, ils viennent regarder.

  • Merci dEUS alors

    AP : Dans un sens oui

  • Dans vos textes, on a un peu l’impression que vous parlez d’un amour perdu

    AP : Oui mais parfois, c’est l’idée de base ou parfois, c’est parfois une petite histoire qui est dedans ; c’est facile quand tu te sens seule, c’est plus facile d’écrire dans un état comme ça que de faire des chansons de bonne humeur.

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