Les têtes raides * Les têtes raides (Avril 2001)
2 avril 2001Le passage des têtes raides dans une ville semble constituer un véritable événement, et ce n’est pas le public du concert du 6 février au théâtre sébastopole, qui me contredira. Après plus de 10 ans de carrière, les têtes raides ont connu de nombreuses évolutions et sont devenus le fer de lance de la chanson française dite « néoréaliste ». Grégoire et Christian ont accepté de parler de tous ces événements pour Nameless
Les albums des tête raides sont de plus en plus chanson, avez-vous un peu vieilli ? La musique a-t-elle vieilli avec vous ?
Grégoire : On est autant le dire en fin de carrière là, j’ai tout donné il est temps qu’on vieillisse (rire).
Christian : C’est une évolution qui s’est faite avec le temps, mais aussi avec les gens, il y a eu quelques mouvements, 4 à 5 personnes sont entrées et sorties du groupe. Pour nous ça a toujours été de la chanson, dès not dead et mange tes morts, il y a encore des titres qu’on reprend aujourd’hui ; Ginette est sur le 1er album, et il n’y a pas un concert où on ne l’a pas joué. Les titres de Gratte poil peuvent très bien se marier avec des morceaux d’il y a longtemps. Donc il y a une évolution, on essaie d’être le plus juste possible, de mettre la note qu’il faut.
Pourquoi avoir décidé d’aller faire une résidence à Calais ?
G : C’est notre tourneur qui a passé une annonce, « groupe cherche résidence chanson française », Calais a téléphoné et ils sont tombés sur les têtes raides. C’est aussi simple que ça.
Ch : Y a eu ça, la résidence pour travailler le nouveau spectacle, on y est resté trois semaines et puis on a fait un atelier avec des enfants, là-bas dans une école, avec un instit qui s’appelle Jean Paul Garbe (on le salue bien). Depuis le mois d’octobre, on allait une fois par semaine travailler une journées avec les gamins pour leur faire écrire des textes, des musiques donc des chansons. Le résultat ça a été qu’ils viennent sur 1 des 3 concerts de Calais chanter leur titre en public. D’ailleurs on salue les requins, les sirènes, et les tritons, les p’tits cons, les 4 poils et les miss dauphines.
Comment s’est passé la collaboration avec les enfants ? Vous aimeriez faire un spectacle pour ou avec des enfants ?
Ch : On leur a pété la gueule dès le départ.
G : On ne veut pas de problème avec la DASS, on n’a pas beaucoup de marge. Mais l’enfant c’est ce qui nous porte, c’est un terrain de jeu énorme, il n’y a pas le pourquoi du comment, c’est porteur d’espérance.
Ch : Dans patalo, ce qu’ils sont en train de chanter c’est aux qui vont le porter, nous on est en fin de carrière, c’est foutu.
Sur Gratte poil, les morceaux sont plus explicitement engagés …
Ch : J’ai l’impression que c’est plus clair, mais vachement moins clair. D’avoir été plus clair ça laisse plus de marge à la fois à l’imaginaire et à l’abstrait. L’intrigue est encore plus présente, plus forte. C’est au 1er degré plus clair au niveau des textes et de la musique, assez limpide et simple, on va dire. Je crois que ça cache quelque chose.
Pouvez-vous nous parler de la collaboration avec Noir Désir, on doit vous poser la question souvent.
G : Ouais, c’est inévitable, Noir Désir est un groupe connu, qui a une audience, donc forcément quand tu travailles avec des gens qui ont une audience, tu as plus d’impact, en tout cas auprès des médias et peut-être aussi du grand public. Nous en fait, on s’est rencontré sur l’histoire de sans papiers ou d’immigrés et on avait envie de dire à peu près la même chose, on s’est rencontré là-dessus.
Vous croyez vraiment que la musique peut faire avancer les choses ?
G : C’est deux métiers différents. Nous on préfère tout donner dans la chanson et laisser le gens réfléchir, c’est peut-être la seul chose qu’on puisse faire qui ait une réelle portée politique.
Comment avez-vous rencontré le mythique Jean Corti, qui fut l’accordéoniste de Brel, par exemple ?
Ch : C’est un gars qui tenait absolument à nous faire rencontrer Jean Corti, il nous a tenu la jambe pendant quelque mois, il venait à tous les concerts en disant « N’oubliez pas. » On s’est rencontré en 1994 et l’histoire a commencé. Il va revenir souvent avec nous, puisqu’il vient de sortir son 1er disque, Couka, produit par Mon slip, la voiture ballée des têtes raides.
En plus de 10 ans de carrière, vous êtes un peu devenus la vitrine de la chanson française. Comment vivez-vous d’être devenus cette référence ?
G : Vitrine de noël (rire).
Ch : C’est des propos de journalistes, on ne s’arrête pas là-dessus. Tant mieux qu’il y ait des groupes qui se remettent à faire de la musique à prendre la route, à produire des albums, des salles qui réouvrent ; des gens qui coupent leurs télés et qui vont à des spectacles. Ca c’est positif, si on a déclenché deux ou trois choses on est super content. Le reste ça ne nous intéresse pas.
Mathilde