
Mickey 3d * la trêve (Virgin) - Mickey 3d // la trêve
2 avril 2001, parOn peut assurément se permettre de dire que 2000 aura été une très bonne année pour le trio stéphanois des Mickey 3d. Après de nombreuses premières parties de Louise Attaque, qui ont aidées à leur découverte, ils signent sur le label Virgin qui leur permet de concrétiser leur deuxième album, La Trêve, qui est arrivé chez tous les bons disquaires à grand renfort de promotion. Je peux bien l’avouer maintenant, je n’avais pas particulièrement envie de me lancer à corps perdu dans l’écoute et la chronique de cet opuscule, tant j’avais peur que la taille du label est trop d’influences sur la musique, et peut-être aussi par crainte que Louise Attaque est un peu déteint sur le style de Mickey 3d. A moi de faire mon mea-culpa, tout cela est bien faux, et le style de ces derniers s’est affirmé sans complexe, ni pression. Il semble bien loin le temps du Mistigri Torturé, enregistré avec les moyens du bord, mais laissant déjà entrevoir un énorme potentiel, grâce notamment au célèbre La France à peur. Peut-être est-ce l’effet Virgin (dans le bon sens du terme cette fois), mais cette galette semble plus complète, plus aboutie, peut-être du fait de la croissance des moyens mis en œuvre. Pour autant le style reste le même, avec l’utilisation de nombreux dialogues, qui ne sont pas sans nous rappeler les débuts de Diabologum avec la mise en musique des magnifiques dialogues de Jean Eustache dans la Maman et la putain. Mais là, les dialogues sont plus le point de départ d’un morceau, son illustration. Album complet, disais-je, dont la variété n’a cessé de me surprendre et m’a un peu dérouté au début ; de la pop, du noïse, de la chanson, des ballades, un univers glauques, des machines, tout y passe et on a un peu de mal à s’y retrouver dans un premier temps. Mais finalement c’est peut-être un peu ça Mickey 3d, un assemblage de choses et de morceaux inattendus, j’en veux pour preuve les titres Storiz et Ma grand-mère, qui forment un tout : La Trêve. Après avoir revisité les mythes de Mai 68 dans La France à peur, c’est au tour de Jean Moulin, et là désolé, ça ne passe pas ; comment supporter un morceau aussi ridicule qui débute par : « Jean moulin avait des couilles plus grosses que sa trouille ». Humour ou désinvolture, il est en tout cas cette seule limite désagréable au style Mickey 3d. Heureusement, le reste des textes rattrapent ce qui pour moi est un léger dérapage dans l’album, avec en particulier Ma grand-mère et ces phrases d’une grande tendresse : Ma grand-mère a quelque chose que les autres femmes n’ont pas…/ Mes plus lointains souvenirs remontent jusque dans ses bras…/Je ne peux pas imaginer un jour la France sans qu’elle soit là… » A l’opposé, Storiz est ses guitares plus électrisantes, et son ambiance moins fleur bleue ; ils se sont même adjoint pour l’occasion les services de Robin des Louise Attaque.
En bref on aurait pu craindre que les Mickey 3d prennent la grosse tête, mais La Trêve est un belle preuve du contraire. Si l’on doutait de la bonne santé de la scène rock française, les stéphanois de Mickey 3d, comme bien d’autres, sont là pour nous décrasser les oreilles et nous rappeler à l’ordre.