
RADIOHEAD * Amnesiac (EMI ) - RADIOHEAD // Amnesiac
28 mai 2001, parMIDAS EST PARMI NOUS
La mémoire se travaille, au pire se consume avec la maturité grandissante et peut, le cas échéant, se réduire à une peau de chagrin si on ne la nourrit adéquatement. Radiohead n’oublie rien et encore moins son passé récent. Il a fallu moins d’une année pour que déboule Amnesiac qui étaie magistralement une Odyssée entamée avec Pablo Honey.
Kid A a marqué la transition vitale et salutaire d’une montée en puissance (OK Computer) redoutée par leurs instigateurs et qui devait aboutir à un épuisement prévisible. Bouée de sauvetage donc, Kid A contre balançait diamétralement avec toutes nos supposées croyances ancrées dans la mémoire collective, nous prouvant la fragilité de nos certitudes au grand bonheur de Thom York. Un album charnière aux confluents d’une " WARP " attitude et d’un espace inconnu aux accents disparates ( ambiant, pop, rock, jazz, ), ce quatrième album se voulait annonciateur d’un Amnesiac qui, selon la presse, serait synonyme d’un réconciliation avec la sœur ennemie : Dame guitare. Je risquerais de paraître étrangement loufoque si je vous disais qu’il n’est nullement question de réconciliation mais bien de réappropriation dans le cas d’ Amnesiac, tant pis j’ose. Certes la mouture découle d’une recette savamment élaborée et connue depuis peu mais une nouvelle fois les surprises se retrouvent à foison. Ouvrant les onze titres comme on ne pouvait que l’espérer, Packt Like Sardines in a Crushd Tin Box nous susurre la voix tant attendue de York ourdit de l’électronique entendu sur Kid A.
La suite nous ramène à la douceur féerique de la symphonie et le piano de Pyramid Song, premier single de l’épopée.
On enchaîne sur Pulk Pulk Revolving Doors, élucubration robotique à L’hypnotisme épeurant pour
redescendre partiellement sur terre, You And Whose army, I Might Be Wrong ainsi que Knives Out s’offrant sans faux semblant, naturellement à nos oreilles pourtant récemment habituées à plus d’expérimentations, pour notre plus grande joie, il est des choses innées, l’inexplicable.
Une ombre au graphisme si obscurité il y a, la reprise du Morning Bell de Kid A, ici avec un s en plus mais une lettre ne suffit pourtant pas à expliquer le bis repetita.
Dollars And Cents déborde ,à mon sens, du trajet entrepris quelques minutes auparavant, orchestre symphonique à l’appui, on assiste à du très grand Radiohead, pantois nous ressortons de ces tribulations monétaires pour déboucher sur le moment le plus inutile rencontré Good alessio Hunting Bears qui n’apporte rien au monument imparable en phase terminale.
Avant de fermer ce nouveau chapitre incontournable que constitue Amnesiac, Like spinning Plates se vautre dans une description plausible des sons émis par nos chères soucoupes volantes, celles de série B bien entendu.
L’épilogue, Life In A Glass House, se traduit par une scène mémorable avec York en acteur principal, entamé et arc-bouté sur son piano avec comme décors un tripot de la Nouvelle Orléans, accompagné de musiciens sentant le bourbon pour un vol de nuit interminable.
Que rajouter si ce n’est que vous ne trouverez aucunes compositions représentatives de l’opus, toutes sont dissociables et à la fois si essentielles dans leur continuité, paradoxe qui fait d’ Amnesiac un album incontournable, hé oui la conclusion est convenue mais irréfutable.
A force de se rapprocher du soleil, Radiohead risque peut-être d’en perdre ses ailes, mais d’ici là ils transforment tout ce qu’ils touchent…en or.
Arnaud
Que c’est réconfortant de pouvoir encore être surpris par un groupe de cette envergure ! Je ne vais pas vous faire un long article car ça a déjà été fait d’une fort belle manière (merci Arnaud !). Ils nous ont bien eus en nous disant qu’Amnesiac serait plus accessible que son prédécesseur… je ne suis pas d’accord du tout ET C’EST TANT MIEUX ! C’est vrai qu’il y a plus de chansons susceptibles de passer en radio, mais les autres sont beaucoup plus expérimentales que ce qu’on pouvait trouver sur Kid A. Le plus important est que cet cet album nous transporte encore dans des mondes sonores que peu de gens ont explorés et qu’on se laisse balader bien volontiers par ce groupe qui devient vraiment un groupe culte digne des plus grands ! Pour finir, merci à Radiohead pour proposer aux fans (comme moi… je l’avoue) un coffret limité à un prix raisonnable. Il se présente sous la forme d’un petit cahier cartonné avec des photos, dessins, superbement intrigants et planants comme les morceaux de ce disque incontournable.